CinéZone | Masayuki Suo - Une famille dévoyée (1984)


On nomme pinku le cinéma érotique japonais dont l'âge d'or se situe entre le début des années 70 et le milieu de la décennie suivante. Equivalent à la sexploitation occidentale, ces films ne souffrent pour autant pas de ce joyeux dilettantisme propre notamment aux comédies sexy italienne, bobines au contraire parfois exigeantes que poissent en sus un goût pour les perversions sexuelles.  Ce qu'illustre par exemple Une famille dévoyée que trousse Masayuki Suo, célébré plus tard pour Shall We Dance ? (1996) et dont il reste la seule tentative érotique. Il brosse le portrait d'une famille en apparence quelconque mais dont la belle-fille sert à tous les hommes de la maisonnée, du mari au père de celui-ci, veuf éploré dont le charme de sa bru réveille toutefois de troubles désirs. 

En dépit des nombreuses scènes de sexe, épicées et perverses parfois (copulation forcé, masochisme) qui le poinçonnent, Abnormal Family n'en porte pas moins la marque d'un grand réalisateur qui soigne la photographie et des plans ciselés avec une belle épure à la manière de l'encadrement d'un tableau dans lequel évoluent entre tradition et modernité ces personnages exécutant des rites immuables ou assouvissant de basses pulsions. Sorte de Ozu aux couleurs roses, Une famille dévoyée est une œuvre étonnante, accouplant humour et érotisme avec une retenue qui ne bâillonne néanmoins pas un vice malsain servie par une technique irréprochable qui, sous couvert de comédie coquine, souligne les rapports complexes entre les hommes et les femmes dans le Japon des années 80. Du sexe et pourtant presque du cinéma d'auteur. Curieux.  (17.05.2022) ⍖⍖




Commentaires

Random posts

En vrac

Plus d'éléments

Goddess

Accueil