KröniK | Austere - Corrosion Of Hearts (2023)


Austere, voilà un nom qui évoque de nombreux souvenirs. Tout d'abord celui d'un groupe qui a su, en l'espace de deux albums (Withering Illusions And Desolation suivi de To Lay Like Old Ashes) et autant de splits (avec Lyrinx puis Isolation), imposer sa griffe dans le registre du black metal dépressif. Il nous rappelle aussi les grandes heures de l'art noir australien et de la région de New South Sales plus précisément, qui incarnait alors presque l'épicentre du genre autour de formations telles que Nazxul, Pestilential Shadows, Funeral Mourning ou Ill Omen dont sont issus Desolate et Sorrow. Austere se confond également avec ces deux musiciens parmi les plus inspirés et inspirants des musiques sombres dont les travaux sont matriciels de tout un courant suicidaire. Par le biais de son premier album, le duo convoque enfin un autre nom, celui de Those Opposed Records, précieux mais modeste label français dont ce disque constitue alors une des plus belles prises. Aujourd'hui, les Australiens sont signés chez Prophecy, changement de format révélateur de ce que représente désormais le groupe et de son évolution. Nous y reviendrons. Car après un regrettable sabordage en 2010, Austere est finalement réactivé onze ans plus tard par son hydre à deux têtes. Réédition sous la forme de boxes luxueuses et première prestation scénique  en juillet 2022 matérialisent ce retour que nous n'attentions plus. Ou pas. En effet, nous nous méfions toujours un peu de ces renaissances  qui ne se soldent pas nécessairement - voire rarement - par de franches réussites. Desolate et Sorrow seraient-ils capables de capter à nouveau la magie (noire) qui nimbaient leurs premiers pas ? 


Osons l'affirmer de suite, la défloration de ce Corrosion Of Hearts résurrectionnel confirme toute d'abord nos craintes. Les deux hommes n'ont pas perdu leur talent mais la noirceur qui les habitaient autrefois, oui. Plus dramatique que tragique,  ce troisième opus peine à nous émouvoir, à nous remuer comme avaient si bien réussi à le faire ses aînés. L'irruption d'un chant clair qui vient diluer la mélancolie dans un blackgaze parfois presque sirupeux ('Pale') et qui ne s'imposait donc pas et surtout l'absence d'une conclusion instrumentale à l'instar de l'immense diptyque 'Coma' qui achevaient les deux premières offrandes, ne sont sans aucun doute pas étrangère à cette (relative) déception. Néanmoins, les écoutes aidant, on finit malgré tout par se laisser séduire, happer par Corrosion Of Hearts qui ne manque pas de beauté, à défaut de noirceur. L'inaugural 'Sullen' est une longue pièce réellement magnifique, vibrant d'un spleen brumeux tandis que 'The Poisoned Core', le titre le plus noir du lot, démontre que les compères n'ont rien perdu de cette science du riff lancinant, des atmosphères sombrement hypnotiques et puissamment émotionnelles. Reste que, si la signature des Australiens demeure reconnaissable entre mille, notamment grâce à ce chant écorché qui perce la nuit, leur art désolé a perdu en force noire que ce qu'il a gagné en dramaturgie majestueuse ce qui n'ôte rien à l'incontestable réussite de ce retour. (09.05.2023) ⍖⍖⍖

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