Il existe une école du doom à la Candlemass. Chant heavy et lyrique, riffs plombés emprunts d’une gravité à renvoyer Newton à ses chères études, atmosphères mélancoliques ciselées avec une palette qui ignore les couleurs. Moins brillant que Solitude Aeturnus, Memory Garden revendique lui aussi l’influence du gang de Leif Edling. Fort de deux opus et d’un ep, les Scandinaves livrent avec Mirage son testament (à ce jour). Même s’il n’égale pas le séminal Tides, ce troisième album nous montre un groupe au sommet de sa forme car parvenu à maturité. L’héritage de Candlemass est bien entendu toujours décelable, mais Memory Garden a réussi peu à peu à le gommer afin de forger un doom plus personnel, lequel repose essentiellement sur les lignes de chant absolument divines et poignantes de Stefan Berglund. L’homme, à l’instar de Robert Lowe pour Solitude Aeturnus, porte quasiment à lui tout seul le groupe sur ses épaules, quand bien même ses comparses sont loin, très loin, de faire de la figuration.
Et si les Suédois ne possèdent pas dans leur rang un songwriter de la trempe de Edling, ils savent cependant composer de pures bombes de heavy doom. A l’écoute des superbes « A Long Grey Day », « Hallowed Soil », « Shade », « Navigate » et «My Pain», le mot heavy prend même ici tout son sens. Epiques certes, mais toujours concis et ne se perdant jamais en longues et inutiles tergiversions, ces morceaux atteignent leur cible et témoignent de la part de leurs géniteurs, d’un sens de la synthèse bienvenu. C’est sans sous doute là que réside l’identité de Memory Garden, dans cette capacité à résumer en 5 minutes ce que certains étirent sur une durée double (au mieux !). Alors pourquoi le succès ne fut pas au rendez-vous ? Question de timing, probablement, la seconde moitié des années 90 n’ayant pas été une période propice et faste pour le doom lyrique. A l’aune des retours, convaincants, de Candlemass et Solitude Aeternus, les Suédois seraient peut-être bien inspirés de tenter de remettre le couvert. A moins, bien entendu que leur carrière, courte pour le moins, ne fusse qu’un mirage… (07.09.2007) ⍖⍖⍖


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