Si l'on met de côté L'Autel des Possédés (2018), opus hybride composé de titres inédits et de live, Messaline n'avait rien enfanté de neuf depuis sept ans et ses Illusions Barbares. Le groupe n'a pourtant pas chômé durant toutes ces années (ce n'est pas le genre de la maison), écumant les scènes, usinant l’EP susmentionné sans manquer de procéder au grand ménage de printemps dans ses rangs. Autour de son inamovible figure de proue Eric Martelat, Mathieu Gilbert (guitare) et Alain Blanc (batterie) ont tout d'abord été embauchés il y a quatre ans, donnant un bon coup de pied au cul à la putain impériale, comme le soulignait la chronique de L'Autel des Possédés. Un nouveau bassiste et deux choristes complètent désormais la formation qui héberge donc aujourd'hui six personnes. Ne manque plus qu'un claviériste ! La remarque n'est pas anodine car les Burgiens tètent plus que jamais les mamelles du (hard) rock des années 70. La présence d'un organiste à temps plein ne serait pas incongrue dans un ensemble qui assume franchement ses influences empruntées à la Sainte Trinité Led Zeppelin / Deep Purple / Black Sabbath. Avec son jeu velu de bûcheron, le guitariste n'est pas étranger à cette coloration plus heavy, témoin ce 'Black Shaman' sévèrement burné tandis que la relecture de 'Par les Fils de Mandrin' de Ange, référence obligée du groupe, est irriguée par des riffs d'un noir d'ébène comme échappés du manche du maître Iommi. Cet humus seventies alimente également 'Un Jardin des Délices' aux effluves sudistes humides et presque charnelles, sans oublier le titre éponyme qui donne furieusement envie de taper du pied avec ses morsures AC/DCiennes.
Tout du long, la rondelle est ainsi saupoudrée de clins d'œil et d'emprunts judicieusement intégrés. Mais en vérité, malgré cette écorce vintage revendiquée, Vieux Démons n'a rien d'un album passéiste ni même nostalgique, s'imposant avant tout comme un grand disque tout court, intemporel et orgasmique, simple mais riche de ses multiples nuances. Sa défloration révèle l'impressionnant travail fourni et les progrès réalisés. Que le sympathique Guerres Pudiques paraît loin ! Chaque chanson est admirablement fignolée, même les intermèdes instrumentaux, du plus bel effet et certainement pas là pour faire du remplissage, à l'instar de ce 'Marque-page Daemonia' et son déluge de claviers progressifs. Chaque membre du groupe apporte sa pierre à l'édifice. Mathieu Gilbert bien sûr avec sa guitare tour à tour coulée dans le plomb ou plus flamboyante, mais aussi Alain Blanc et sa frappe de mammouth sans oublier les deux choristes qui, loin d'être décoratives, prennent toute leur part à ces compos remuantes et variées. A ce titre et nonobstant un feu d'artifice musical (guitare acoustique, orgue Hammond, etc), l'album brille de la richesse de sa palette vocale entre ces gorgées féminines, un Eric Martelat évidemment gouailleur et très en verve ('Je Voulais te Dire') et cette brochette d'invités (Pyt Theurillat de Galaad, Jo Amore de Kingcrow, Tristan Descamps et Renaud Hanson) qui viennent illuminer le furieusement prog 'Orion Stargazer,' aussi foisonnant que jubilatoire, bétonné et psyché tout ensemble, étalant une orgie de vocalises sur un socle instrumental aux nombreuses ramifications et tessitures. Capable de séduire même le plus réfractaire au hard rock chanté en français, Vieux Démons est l'album le plus abouti de Messaline. La formule est facile, pourtant aucune autre ne saurait plus justement le résumer. (31.10.2022 | MW) ⍖⍖⍖

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