Columbarium - The Morbidious One (2023)


Curieuse trajectoire que celle empruntée par Columbarium. Le groupe voit le jour en 1994 mais se saborde quatre ans plus tard, ne laissant comme trace discographique qu'un live capturé en 1997. Plus de vingt ans après, il renaît pourtant de ses cendres et accouche enfin d'un premier album ! Nous ne sommes donc pas en présence d'une poignée de puceaux auxquelles la découverte de Black Sabbath  vient de procurer leurs premiers frissons mais de gars qui ont de la bouteille et dont les compos ont maturé et vieilli dans un fût de chêne. D'autres indices se révèlent précieux pour cerner cette formation sans même écouter la moindre note. Son nom déjà n'augure pas d'une musique particulièrement joyeuse mais au contraire, sinistre et (forcément) funéraire. C'est du doom, bien lourd et minéral. Son origine géographique enfin, la Belgique, confirme une approche du genre, sévère, abrupte et grisâtre. Ainsi, Columbarium se positionne dans la droite et belle lignée du dutch doom (Faal, Celestial Season, Bunkur...) dont il respecte le credo, charbonneux et austère, avec une admirable authenticité. Les présentations effectuées, il est temps de déflorer ce tardif galop d'essai baptisé The Morbidious One. On comprend assez vite pourquoi William Nijhof (Faal justement) en salue les qualités tant il coche toutes les (bonnes) cases du dolorisme sonore : chant exhalé d'une mine de charbon, guitares qui font trembler la terre et atmosphères à la fois morbides et sépulcrales. 


Cet album renvoie aux grandes heures du death doom des années 90. Ceux qui, comme votre serviteur, ont vécu cette époque, comprendront. Même ambiance funèbre et pluvieuse. Et les timides voix féminines qui jaillissent de temps à autres ('Barefoot On The Moon') ne doivent pas vous tromper, Columbarium s'enfonce franchement dans les tréfonds du doom le plus granitique, capable d'appuyer sur l'interrupteur et de plonger dans les ténèbres tout ce qui nous entoure. Malgré la beauté diffuse de guitares qui remuent parfois les entrailles non sans une tragique et obsédante beauté, à l'instar du douloureux 'Eyes Bleed Black', les borborygmes d'outre-tombe du bassiste Peter 'Jules' V ont tôt fait d'encrasser un ensemble qu'aucune lumière ni joie n'atteignent. Jamais. C'est noir, c'est triste, c'est beau et capable de plonger une radieuse journée d'été dans un marécage de désespoir. Tout du long, Columbarium s'abîme dans les profondeurs de caveaux dont il extraie une semence sombrement rocailleuse et rongée par une poésie macabre. Les flagellants du doom death dans sa pure expression ne pourront que butiner dans ces psaumes la bande-son de leur propre mort. Nous avons guetté ce The Morbidious One près de trente ans mais l'attente en valait la chandelle, d'une pénitence funèbre. (30.09.2023) ⍖⍖⍖

Commentaires

Random posts

En vrac

Plus d'éléments

Goddess

Accueil