Alors que le post hardcore et son cousin le post metal semblent avoir tout dit, nous ne sommes pourtant pas encore à l’abri d’une (bonne) surprise. Celle-ci survient non pas d’un des ténors du genre mais d’un groupe plus modeste : DeadMen. Ils sont français (lorrains plus précisément), ont lâché leur premier rôt (suivi d’un EP) il y a presque une éternité et sortent l’artillerie (très) lourde avec Just A Blink, tardif deuxième album livré en fin d’année dernière avec une discrétion incompréhensible qui ne rend pas justice au travail fourni par ces quatre musiciens. Deux ans à bosser dessus pour un résultat colossal de maîtrise qui ne saurait susciter la moindre réserve. Pour toutes ces raisons, le disque comme ses géniteurs méritent largement qu’on s’y arrête. Les Français ont parfaitement retenu, assimilé, digéré, les règles édifiées par les matriciels Neurosis, Cult Of Luna et autre Isis, ils ne s’en cachent d’ailleurs pas. Ils dressent ainsi un véritable bloc de matière noire et teigneuse, forteresse massive qui gronde dans ses entrailles d’une force âpre et sévère en un alliage bourru de puissance torrentueuse et d’atmosphères dramatiques. Les invariants propres au post hardcore scrupuleusement alignés comme des pinces à linge sur un fil (vocalises énervées, ambiances viciées à la manière d’un étau qui se resserre, désespoir charbonneux…), DeadMen n’étonne guère de prime abord, assenant sa leçon avec respect et sincérité.
S’il se contentait de cette rumination appliquée, cela ne serait après tout déjà pas si mal et suffirait à notre bonheur masochiste. Pourtant, sous ce maillage serré aux allures de magma corrosif prolifèrent nombre de détails et d’idées qui témoignent autant d’une expérience chevronnée que d’une longue maturation. Corollaire de cette richesse enfouie sous de multiples couches, tapies dans les replis d’une chair tuméfiée, Just A Blink n’offre pas son intimité dès le premier contact. Sa défloration requiert de nombreux préliminaires pour en goûter le précieux suc. Ce n’est donc qu’au terme d’écoutes répétées que l’oeuvre se dévoile dans toutes ses nuances, dans toute son fourmillement émotionnel. Ici des claviers qui étendent un suaire sinistre (‘Coward(s)’), ailleurs des rouleaux percussifs qui se fracassent contre des falaises tendues vers une nuit sans fin (‘Parallax’) mais toujours cette tension sourde, cette colère engourdie (‘Old Timer’) qui palpitent tout du long. Surtout, DeadMen évite constamment de s’embourber dans une monotonie cafardeuse en sculptant au burin des compositions aussi étouffantes que torrentueuses en cela qu’elles conjuguent hargne encrassée et sensibilité douloureuse. Just A Blink est un album de postcore comme on les affectionne, extrêmement élaboré dans son écriture et sa construction, tout en clair-obscur dans son propos d’une mélancolie pugnace. DeadMen mérite d’être découvert au plus vite. (03.03.2023) ⍖⍖


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