Présenté lors du festival de Cannes 2000, The Yards a été reçu avec une incompréhension et une indifférence quasi totales. Certes, James Gray, qui avait ébloui les critiques avec son premier film noir, Little Odessa en 1995, ne filme là rien de nouveau. Le coup du voyou qui sort de taule et essaye tant bien que mal de se réinsérer dans la société avant d'être finalement rattrapé par son passé a été mainte fois traité au cinéma, de High Sierra de Raoul Walsh à L'impasse de Brian De Palma en passant par Le récidiviste de Ulu Grosbard, avec autant et si ce n'est plus de force et d'émotion. De même, en illustrant les agissements forcément troubles d'une famille qui fleure bon la mafia newyorkaise, The Yards n'est pas sans rappeler la trilogie du Parrain de Coppola. Enfin, par sa dénonciation de la corruption, le film se veut proche également d'une œuvre comme Serpico ou des thrillers engagés des années 70. Ces quelques éléments apportent peut-être un semblant d'explications quant à l'accueil plutôt tiède que Cannes lui a réservé. Pourtant, The Yards est réellement intéressant.
Au rythme des accords toujours inspirés de Howard Shore, James Gray n'invente donc rien mais, en acceptant les règles rigoureuses d'un genre établi, il réalise un magnifique film noir, fidèle à la tradition, d'une grande puissance, à la construction géométrique savamment étudiée (les repas qui ouvrent et ferment le film) et non dénué d'une certaine personnalité à travers le choix de ne pas recourir à une violence démonstrative mais au contraire en déroulant des scènes pensées comme des tableaux, d'une façon lente et sans véritable action. Il faut louer également le jeu des comédiens, tous parfaits. James Caan, dans le rôle plein d'ambiguïtés du "parrain" n'a pas été aussi convaincant depuis Misery (1990). Joaquim Phoenix confirme son aisance à interpréter des personnages troubles et détestables tandis que Charlize Theron prouve qu'elle n'est pas seulement une belle actrice de plus mais qu'elle peut jouer avec beaucoup de finesse. The Yards offre aussi deux beaux rôles de mères à deux grands comédiennes, Faye Dunaway et Ellen Burstyn. Mais c'est surtout Mark Wahlberg qui impressionne dans le rôle du fils prodigue. Avec Boogie Nights (1997), on avait découvert qu'il pouvait faire autre chose que danser et porter des slips Calvin Klein. Grâce au film de James Gray, il démontre qu'il est de la race des plus grands avec son jeu très contenu, toute en intériorité mais cependant d'une grande intensité. Il semble ne rien faire, ne pas être concerné par le film et pourtant sa présence est écrasante. Ses regards en disent plus longs que n'importe quelle tirade déclamée dans un torrent de cabotinage... (16.07.2022) ⍖⍖⍖



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