C’est totalement par hasard, aiguillés par les achats que d’autres amateurs de bûches ont effectués sur Bandcamp, que nous avons découvert Black Glow, groupe dont jusqu’alors nous ignorions l’existence. A cela, rien de surprenant puisque ce dernier n’est encore qu’un jeune pousse qui accouche en cette fin d’année 2023 de son premier jet. Qu’est-ce qui a bien pu retenir notre attention chez lui plus que chez beaucoup d’autres qui encombrent cette incontournable plateforme ? Le genre auquel s’accroche Black Glow n’est déjà pas étranger à l’intérêt qu’il éveille. C’est du doom dont il s’agit, vous l’aurez compris, caveau doloriste dont il y a toujours quelque chose à gratter. Une seconde étiquette - le shoegaze - qui lui est accolée, n’était certes pas pour nous rassurer mais celui-ci se fait tellement discret sinon inexistant (seule la mélancolie qui imprègne le chant parfois l’évoque d’une façon lointaine) que nous avons très vite oublié qu’il en était fait mention. Plus encore que le style pratiqué par les Mexicains, c’est évidemment la présence d’une chanteuse qui nous a poussé à nous intéresser à eux. Celle-ci n’est d’ailleurs pas inconnue des doomeux qui n’ont pas manqué de la remarquer au sein de Spacegoat malheureusement plus ou moins en sommeil depuis un Superstition de bonne mémoire, il y a plus de sept ans déjà.
Nous sommes donc tout heureux de retrouver Gina par l’entremise de ce Black Glow dont elle est un des principaux atouts. Assurément, ce EP (long d’une demi-heure) lui doit en effet beaucoup. Ayant gagné en émotion, son chant allie puissance et beauté tragique, témoin ce ‘Next To You’ qu’elle drape d’un inexorable désespoir. Associées à un tempo engourdi et rampant, ses lignes vocales tutoient le sublime le plus déchirant comme si demain ne devait plus jamais exister. Certes clé de voûte de cet édifice qui semble accueillir toute la souffrance de l’humanité, la chanteuse trouve néanmoins dans les mélodies lourdes et obsédantes que ses compagnons de douleur abattent l’écrin idéal sans lequel sa performance aurait sans aucun doute une moindre force d’évocation. Amorce superbe aussi hypnotique qu’ankylosée, ‘Gone’ résume assez bien le propos des Mexicains qui conjuguent avec une grande profondeur dramatique mais sans misérabilisme, mélopées féminines émotionnelles et substrat granitique que réchauffe une amertume étonnamment lumineuse. En cinq titres seulement, Black Glow impose un potentiel déjà incontestable dont on espère qu’il donnera très vite à ce EP prometteur un successeur (plus) longue durée. Au sein d’un doom accordé au féminin qui ne surprend plus mais déçoit rarement il est vrai, le groupe est une excellente pioche. (28.12.2023) ⍖⍖⍖


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