Il ne faut parfois pas grand-chose pour s’intéresser à un album. Un genre, un pays et une touche féminine. Tel est le cas de Ardwena, seconde (tardive) offrande de Hyde dont la première et précédente trace remonte à 2016. Le genre, c’est le doom, expression musicale d’une tristesse doloriste, le pays, la Belgique et les images qu’elle trimballe, froides et désolées, minérales et sévères. Quant à la touche féminine, elle est distillée par une chanteuse dont la voix se pare d’atours sombrement romantiques. Le fait que cet opus ait trouvé refuge chez Malpermesita Records n’est pas anodin puisqu’il rappelle un peu un autre disque de ce modeste – mais précieux – label français, le Journeys In Solitude d’excellente mémoire, gravé en 2018 par Fading Bliss. Même style, même origine géographique même présence féminine derrière le micro. Si la comparaison s’arrête là, ces deux formations s’inscrivent cependant dans une tradition identique, celle du gothic doom des années 90 dont le credo a été fixé par Paradise Lost et consorts, auquel Hyde injecte néanmoins une surprenante dose de black metal, particulièrement dans les éruptions vocales masculines et dans une propension certaine à durcir le trait, comme illustre ‘Vidlua’, titre plus black que doom. Mais autant le reconnaître, Ardwena ne démarre sous les meilleurs augures.
La première partie de ‘Doom Over Sabis’ se révèle ainsi maladroit avec un chant clair masculin perfectible. Heureusement, en insistant davantage sur les atours les plus doom et dramatique, la suite se hisse à un très bon niveau. L’ambiance est tragique, les guitares répandent un ressac obsédant et la performance de la chanteuse, puissante et habitée, suffit à embrumer tout ce qui l’entoure. Torrentueux et baroque, ‘Hammer Of Doom’ fait mentir son titre en creusant plus franchement encore la fente d’un art noir gothique malgré une conclusion d’une beauté lente et déchirante. S’il serait tentant d’affirmer que la musique forgée par les Belges réussit mieux quand elle se drape d’un suaire plus doom que black metal, témoin le terminal ‘Ardwena’, Golgotha long de plus de neuf minutes tragiques qu’irrigue cette voix féminine bouleversante, un morceau tel que ‘One’ illustre que c’est pourtant bien dans ce syncrétisme que l’identité du groupe prend tout son sens. Cette seconde hostie n’est pas parfaite car son mariage des genres manque encore un peu de liant mais elle regorge d’un charme ténébreux et granitique tout ensemble, hantée par ce spectre féminin qui emporte tout. (16.12.2023) ⍖⍖⍖


Commentaires
Enregistrer un commentaire