Nathan Juran - A l'est du Soudan (1964)


Bobine très mineure et depuis longtemps oubliée (ceci expliquant sans doute cela), A l'est du Soudan a au moins le mérite de témoigner de l'inoxydable savoir-faire de Nathan Juran dont l'habileté lui permet de trousser un film à peu près cohérent à partir de stock-shots qui le caviardent de manière excessive et autour desquels un scénario a été brodé à la va-vite. Une qualité qui toutefois ne peut masquer totalement l'usage grossier de ces archives (la charge des éléphants), procédé indigne d'une production des années 60, émanant qui plus est d'un puissant studio tel que la Colombia qui le distribue. Sa genèse explique la facture traficotée de East Of Sudan. Comme l'explique le producteur Charles Schneer, des subventions étaient accordées par le gouvernement à condition qu'au moins 10% d'un film tourné en Angleterre proviennent du vaste catalogue de stock-shots de la Colombia. Ce bricolage ahurissant  inspirera au producteur et à son réalisateur deux pellicules faites à moindre coût, tournées en quinze jours avec des bouts de ficelle : Siege Of The Saxons et donc A l'est du Soudan dont l'équipage n'a visiblement jamais posé un pied en Afrique ! Une troisième collaboration, Les premiers hommes sur la lune (1964), unira les deux hommes avec cette fois-ci une réussite bien plus franche, petit classique de la science-fiction qui lui ne souffre pas ce plâtrage éhonté.  Bien qu'agréable et heureusement jamais ennuyeux, le résultat n'en demeure pas moins franchement mitigé. 


Dès le générique évacué, les premières images diffusent un sentiment bizarre, encombrées par une interminable narration en voix-off chargée de camoufler le flagrant manque de moyens. Tout du long, entre deux stock-shots censés faire croire à un tournage africain, les quatre protagonistes évoluent dans un bout de décors d'une pauvreté ridicule (un peu de sable, quelques arbres). Toute une faune exotique (lion, rhinocéros, girafe...) défile sans aucun souci de réalisme tandis que les tribus ne s'expriment pas dans la bonne langue. Mais ces détails semblent ne gêner personne au sein de la production. S'il se laisse donc voir sans déplaisir, East Of Sudan le doit quand même beaucoup, outre le métier de Nathan Juran (dont on rappellera le fameux Septième voyage de Sinbad ainsi que de solides westerns comme La rivière sanglante ou Terre de violence), à la présence solide du trop sous-estimé Anthony Quayle, acteur anglais évidemment toujours impeccable (Le faux coupable, La Bataille du Rio de la Plata, Les canons de Navarone, Lawrence d'Arabie) lequel, entre un Derek Fowlds inodore et une Sylvia Syms aussi ravissante que peu convaincante, n'a aucune difficulté à écraser le reste d'une maigre distribution dans la peau d'un soldat britannique rude et bourlingueur. Seule la jeune Jenny Agutter, avec laquelle Quayle noue de tendres moments, tire aussi son épingle du jeu, laissant entrevoir un talent précoce. Aventure africaine déjà anachronique à l'époque, plus proche en cela d'un Mines du roi Salomon du pauvre que de Karthoum, A l'est du Soudan embarrasse par son espèce de carambouillage mais fournit toutefois un spectacle aussi plaisant qu'anecdotique.  (19.08.2022) ⍖⍖


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