Ecclesia - Ecclesia Militans (2024)


Il y a plus de trois ans déjà, Ecclesia frappait un grand coup avec sa première hostie qui réussissait un  syncrétisme acéré entre heavy épique et doom lyrique (à moins que ce ne soit l’inverse). De Ecclesiae Universalis dévoilait plus particulièrement les talents cachés du chanteur Arnhwald Rattenfänger pour un registre haut perché qu’on ne lui connaissait pas, davantage habitués à le voir évoluer dans un mode plus ténébreux sinon bestial par l’entremise de Deathcode Society et son black symphonique tumultueux (Eschatonizer et Unlightment sont furieusement recommandés). Ecclesia Militans marque donc enfin le retour de nos moines soldats qui reprennent leur croisade là où ils l’avaient laissée à la fin de l’année 2020.    Ce second prêche respecte le credo établi par son prédécesseur : intro et outro qui encadrent un menu trapu, ambiance sombrement sacrée extraite d’un Moyen-Âge obscur que lèchent les flammes de l’Inquisition et l’inévitable  Vincent Price / Matthew Hopkins qui fait une (très) rapide apparition en guise d’invité. Le style est surtout découpé dans le même suaire délicieusement old school qui empreinte autant au doom sa pesante solennité qu’au heavy metal sa turbulente puissance. Si ce nouvel album s’était contenté d’une qualité égale à celle de De Ecclesiae Universalis que cela aurait suffi à notre bonheur mais, autant l’annoncer de suite, Ecclesia Militans fait mieux que transformer l’essai. Son titre se réfère à l’une des trois divisions de l’Église  où les chrétiens luttent contre le mal à la manière de soldats, traquent l’hérésie et les péchés derrière lesquels ils devinent la main du diable. 


La voix coincée dans la braguette, Arnhwald guide cette danse macabre dans les profondeurs de souterrains inquiétants, théâtre de sévices effroyables exécutés au nom de dieu. C’est tout un univers crépusculaire qui se dresse dans toute sa folie inquisitoriale et inspirent les psaumes les plus sentencieux à l’instar de ‘Antecclesia’ et surtout l’immense et ultra plombé ‘The Exorcism’ drapés d’un son d’orgue riche d’une emphase liturgique qui du reste tapissent l’ensemble de l’album. D’une manière générale, les influences purement heavy l’emportent sur le pur doom metal. Rythme appuyé et vocalises de ténor à rendre jaloux Rob Halford poussent ainsi l’album dans un creuset d’acier comme l’illustrent avec une efficacité incisive les brûlots que sont ‘If She Floats’, ‘Et Cum Spiritu Tuo’ ou bien le morceau-titre auquel Anrhwald offre une performance aussi hallucinée que magistrale, qui tous brillent d’un éclat plus métallique que doloriste. Bien que nourri aux grains du Candlemass des années 80, ‘Havester Of Sinful Souls’ se consume pour sa part d’une force plus noire encore  lors d’une dernière partie dont le tempo soudainement implacable bascule l’écoute aux confins de l’apocalypse. Oeuvre de Flagellants désormais maîtres de leur art, Ecclesia Militans décuple les qualités affichées par De Ecclesia Universalis qu’il propulse vers des sommets tout en privilégiant davantage la guerre sainte que la pénitence, tribunal hurlant qui résonne des cris des hérétiques. Nous le pressentions : Ecclesia est devenu (très) grand !  (25.01.2024) ⍖⍖⍖

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