Alfred Sole - Alice Sweet Alice (1976)


Suite au succès de L'exorciste de William Friedkin, les films d'horreur envahissent les écrans américains dans la seconde moitié des années 70. Maison maléfique (Amityville), marionnette inquiétante (Magic) ou enfants démoniaques (La malédiction, Carrie), tout est alors bon pour susciter l'effroi. Echec lors de son exploitation en salles en 1976 que l'avènement de la VHS une dizaine d'années plus tard, a toutefois transformé en pellicule un peu culte, Alice Sweet Alice semble appartenir à cette dernière catégorie, mettant en scène une adolescente bizarre, rapidement suspectée de meurtre. En vérité, le film dépasse largement ce cadre de l'enfance rongée par le mal. Déjà parce qu'en brouillant les pistes à la façon d'un whodunit et en cachant l'identité du tueur derrière un masque, il se positionne comme un des premiers slashers


Bourré de références, à Psychose bien entendu mais aussi à Ne vous retournez-pas de Nicholas Roeg (l'imperméable jaune que porte la gamine mais aussi le meurtrier), Communion sanglante (en français) se nourrit autant de la sexualité naissante qui trouble cette jeune fille que du climat emprunt d'une pesante religiosité à l'influence nocive, sans oublier la destruction de la famille (les parents sont divorcés) sans laquelle le drame originel n'aurait pas eu lieu. Tout le film baigne ainsi dans une atmosphère malsaine que véhiculent à la fois la mise en scène extrêmement travaillée du méconnu Alfred Sole (auteur du porno Deep Sleep et de quelques autres obscures bobines), qui multiplie les plongées et les focales pour faire naître l'angoisse, une galerie de personnages antipathiques (la tante possessive, le voisin obèse) et surtout l'incarnation fiévreuse de cette étrange Alice à laquelle confère la troublante et toute aussi méconnue Paula Sheppard une sexualité vicieuse. Le métrage joue habilement sur la notion de culpabilité. Ainsi, à la fin, Alice apparaît certes innocente des meurtres dont on l'a accusé mais, en récupérant le couteau de la servante du presbytère, elle n'en fait pas moins preuve d'une personnalité ambigüe, gangrenée par le mal et le vice. Alice Sweet Alice est un petit film d'horreur qui mérite largement d'être (re)découvert. (05.12.2022) ⍖⍖


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