Avant de commettre Taxi (1998) qui lui vaudra néanmoins son plus gros succès commercial, Gérard Pirès fut pourtant à compter de la fin des années 60 le réalisateur de bonnes comédies ancrées dans la France de cette époque, entre libération sexuelle (Erotissimo, Attention les yeux) et mutation sociale et urbaines (Elle court, elle court la banlieue). L'ordinateur des pompes funèbres fait partie de celles-ci. Il y convoque à nouveau Jean-Louis Trintignant qu'il avait dirigé deux ans plus tôt dans le noir et brutal L'agression, sa seule incursion dans le polar. Avec son charme sinistre, il peut apparaître curieux de croiser le comédien dans un pur divertissement humoristique.
Mais c'est oublier que L'ordinateur des pompes funèbres adapte un bouquin de l'Américain Walter Kempley, plein d'un humour noir que Pirès et son scénariste Jean-Patrick Manchette diluent malheureusement dans le sirop d'une comédie plus loufoque que caustique où l'amoralité grinçante se limite à une misogynie gentiment inoffensive. Si, adaptation à demi réussie, le film est amusant à bien des égards, il le doit moins au metteur en scène qui livre un travail bien (trop) sage qu'à sa savoureuse distribution entre les toujours impeccables Claude Piéplu et Bernard Fresson, un Trintignant surprenant et un jubilatoire trio de femmes, acariâtre (Léa Massari), tendrement nymphomane (Mireille Darc au sommet de sa beauté) ou femme au foyer qui couve son homme (hilarante Bernadette Lafont). Reste qu'il y avait moyen de tirer de cette histoire d'ordinateur calculant le meilleur moment pour tuer quelqu'un une comédie noire assurément plus jubilatoire. Dommage. (21.01.2023) ⍖⍖



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