Symbole de la contre-culture américaine lancé par Easy Rider (1969) qu'il produit et co-écrit avec Dennis Hopper, Peter Fonda multiplie durant les années 70 les films d'action au ton particulier et enracinés dans une certaine Amérique, souvent provinciale et aride, toujours peuplée de perdants magnifiques qui veulent aussi leur part de succès. Entre La chasse sanglante (1974) de Peter Collinson, Course contre l'enfer (1975) de Jack Starrett ou Colère froide (1976) de Jonathan Demme, se glisse Larry le dingue, Mary la garce, une des pépites de sa filmographie. Emballé avec toute la nervosité et la décontraction nécessaires par John Hough (Les sévices de Dracula), il s'agit d'un vrai film culte, vestige d'une époque où l'on pouvait tourner ce genre de bobines qui n'ont d'autre prétention que de divertir. De la série B, simple mais ô combien jubilatoire. L'œuvre tire son statut de plusieurs qualités. La première réside évidemment dans la force palpitante de cette longue course-poursuite en bagnole autour de laquelle l'action est bâtie, vestige là encore d'un temps révolu incarné par Point limite zéro (1971) de Richard C. Sarafian ou sur un mode plus léger les aventures de Burt Reynolds (Cours après-moi shérif...).
Le réalisateur sait donner vie à cette mécanique rugissante qui avale les kilomètres, les pneus bouffant l'asphalte. Il y a même quelque chose de sexuel dans ces bagnoles comme une excroissance virile de celui qui les pilote pour impressionner les gonzesses. Ce qui nous conduit à la deuxième qualité de Larry le dingue, Mary la garce, à savoir ses personnages attachants comme de grands enfants qui s'amusent. Ils ont commis un vol mais ils l'ont fait sans user de violence. Larry et Deke son mécanicien sont des ratés qui rêvent du gros coup pour s'acheter une caisse afin de participer aux grandes courses automobiles dont ils sont privés. Se joint à leur périple une jeune paumée, femme-enfant crampon dont ils aimeraient se débarrasser, en vain. Pour les incarner John Hough peut compter sur un brelan d'as. Aidés par des dialogues percutants, Peter Fonda et Susan George (Far West Story) se chamaillent, se répondent avec cette verve amusante, cet abattage typique des comédies américaines que l'époque post-hippie teinte toutefois de désillusion. Peu connu, Adam Roarke est impeccable dans la peau de Deke, le seul des trois à être vraiment adulte, looser tendre et désabusé. Une fin brutale et pleine d'ironie qui voit leur voiture se fracasser contre un train à pleine vitesse, stoppe leur aventure dont ils croyaient être sortis vainqueurs, ajoutant une valeur supplémentaire à ce film grâce à laquelle il s'élève au-dessus du simple divertissement d'action... (31.12.2022) ⍖⍖⍖⍖



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