Alors que son titre semble vouloir promettre un spectacle horrifique sinon inquiétant, Kronos rejoint en fait la longue liste de ces films de science-fiction de série B comme le cinéma américain en usinait à la pelle dans les années 50. Il en coche d'ailleurs toutes les cases : budget fauché, noir et blanc, acteurs de télévision et crainte du péril atomique comme combustible. Bien que parasité par ce verbiage pseudo-scientifique inhérent à nombre de ces modestes bobines de SF et animés par un Jef Morrow aussi terne que mollasson (qui était bien plus convaincant dans La créature est parmi nous ou dans un western tel que Copper Sky), Kronos n'est pourtant pas sans de petites qualités.
Artisan rompu au fantastique (La mouche noire) et à la SF (She Devil) mais qui peut également aussi bien trousser un obscur Tarzan avec Johnny Weissmuller (Tarzan et la chasseresse) ou un western (L'attaque de fort Douglas), Kurt Neumann connaît son métier et assure un travail besogneux néanmoins efficace dont l'habileté lui permet de ne pas sombrer dans le ridicule en filmant ce cube d'acier en guise d'éclaireur venu de l'espace. Mieux, le gigantisme géométrique de ce dernier lui confère une aura étrange qui annonce presque et à sa manière de série B, les monolithes énigmatiques de 2001 : l'odyssée de l'espace. Certains plans caillouteux ne sont pas sans évoquer l'univers de Jack Arnold tandis que Barbara Lawrence, blonde fatale dans quelques bons films noirs des années 40 (La dernière rafale, Les bas-fonds de Frisco) n'est pas encore fanée malgré un rôle trop décoratif. Glissé par Artus dans son précieux coffret Les monstres viennent de l'espace, Kronos se laisse donc voir avec plaisir, honnête bobine de science-fiction qu'il faut prendre pour ce qu'elle est. (25.12.2022) ⍖⍖



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