Borknagar - Fall (2024)


En 2019, Borknagar frappait un grand coup avec True North, atteignant la quintessence de son art, la forme évolutive, le fond mythologique gravé dans les fjords éternels. Faire mieux semblait dès lors impossible. Nonobstant l’inoxydable talent des Norvégiens qui n’ont jamais réellement déçu en trente ans de carrière (déjà!), c’est donc avec une impatience toutefois mêlée d’une certaine appréhension que nous guettions l’arrivée de ce treizième album qui a su se faire attendre. Premier constat au sujet de Fall, le groupe poursuit l’évolution à l’œuvre au moins depuis Winter Thrice (2016) et son alliage puissant de glace et de feu moulé dans un creuset nordique. Est-ce à dire qu’il se répète ? Que nenni, même si les marges de changement demeurent étroites. Ainsi, la seule vraie surprise -et le meilleur titre du lot- réside dans ‘Nordic Anthem’ dont la dimension tribale le pousse un peu sur la sente chamanique d’un Wardruna, sans toutefois gommer l’identité propre de ses créateurs. Le reste est du pur Borknagar. De cet ensemble classique, on cherche tout d’abord à en extraire un hymne épique de l’acabit de ‘Up To North’ ou émotionnel comme ‘Voices’ qui illuminaient le disque précédent. Las, aucun titre de Fall ne parvient réellement à se hisser à un niveau de force et de beauté équivalent, à l’exception de ‘Moon’, premier single magnifié par le chant clair de Lazare toujours si propice à procurer des frissons. 


Le partenaire de Cornelius Jakhelln au sein de Solefald reste décidément la pièce maîtresse du drakkar, et ses interventions suffisent à propulser ses chansons vers des sommets auxquels elles n’accèderaient certainement pas sinon (‘Star Ablaze’, ‘Unravelling’). Par ailleurs, le successeur de "True North" étonne par une forme de brutalité abrasive qu’il doit autant aux morsures furieuses de ICS Vortex qu’à ce tempo parfois torrentiel, ce dont témoigne une pièce telle que ‘Afar’ qui renoue avec l’emphase symphonique du black metal des années 90. Mais le groupe ne sacrifie jamais totalement la mélodie et le lyrisme sur l’autel d’une sombre et tumultueuse agressivité. En cela, un morceau comme ‘Summit’ est très révélateur de l’écriture des Scandinaves qui conjuguent non sans une réelle maestria le feu et la glace, l’impétuosité et la grâce, la virtuosité et l’émotion en un tout aussi bouillonnant que majestueux. Sinueux, chaque titre est émaillé de claviers glacés, de guitares limpides sur fond de duo vocal grandiose. De fait, Fall ne saurait susciter la moindre réserve, alignant composition savamment dosée, exécution affûtée et prise de son d’une pureté cristalline. Et s’il n’égale pas son prédécesseur en terme d’inspiration, il n’en démontre pas moins l’excellente santé de Borknagar au service d'un black épique dont la formule est éprouvée mais toujours flamboyante. (19.02.2024 | MW) ⍖⍖

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