Une question pour commencer : un film comme Calmos pourrait-il encore être réalisé de nos jours ? Notre époque étant corsetée par le politiquement correct qui empêche toute moquerie des minorisés (tout ce qui n'est pas un homme blanc), recouvertes d'une odeur de sainteté qui les rend inattaquables, il est permis d'en douter. Mais il en allait tout autrement dans les années 70 qui voit le cinéma (entre autres) emporté par un salutaire vent de liberté. Ce qui n'empêcha nullement Calmos d'être très vertement accueilli tant par la critique que par le public. Il faut dire que, tourné en pleine année de la femme, le film se veut joyeusement misogyne et provocateur. Moins pourtant qu'on ne le croit car les hommes par leur bêtise et leur lâcheté, ne sont pas plus épargnés. Blier le réalise après Les valseuses (1973). Les deux films semblent de prime abord fait du même bois, picaresque et vulgaire mais le second ne partage avec le premier ni tout à fait le même ton ni la même réussite. Rabelaisien en diable, le début est savoureux, qui suit deux bonshommes (Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort, exceptionnels) qui n'en peuvent plus des bonnes femmes. Ils décident sur un coup de tête de tout quitter pour (re)vivre entre hommes, plus intéressés par la bonne chère que par la chair des femmes. On envie ces deux mufles qui passent leur journée à ripailler sans que des nanas viennent leur casser les couilles. N'est-ce pas cela le vrai bonheur ? Boire, manger, fumer. Ne rien faire.
Le repas partagé avec un curé de campagne alcoolique (Bernard Blier) est un grand moment de cinéma. Admirer Marielle en train de se préparer une tartine de pâté sous les yeux d'une patiente (jouée par l'actrice porno Claudine Beccarie) qui écarte les cuisses en se grattant la foufoune, ce n'est pas mal non plus ! Le délicieux Claude Piéplu dans le rôle d'un passant qui se lance dans un éloge de la vie campagnarde recluse et débarrassée de la gent féminine, l'est tout autant. Cette première moitié a un goût de paradis. Malheureusement, comme pour illustrer son propos, l'irruption des femmes pousse ensuite Calmos sur une pente descendante. La comédie truculente se mût en farce délirante (ce n'est pas grave) mais excessive (cela l'est plus) qui flirte alors avec une science-fiction iconoclaste et absurde comme une guerre des sexe inversée. Les mecs veulent vivre en paix de plaisirs simples tandis que les nanas courent après la bite, bataillon de guerrières traquant les mâles pour les transformer en cobayes sexuels et assouvir leur intarissable appétit rendu plus grand encore après le refus des bonshommes d'honorer leur devoir conjugal. Bien que toujours aussi drôle, le film sombre alors dans l'outrance et finit par lasser. Même maladroit et bancal, Calmos est une œuvre précieuse qui ne ressemble à rien et fait du bien, vestige jouissif d'un cinéma français qui à cette époque, lointaine, ne craignait pas de choquer... (27.03.2023) ⍖⍖



Commentaires
Enregistrer un commentaire