De loin, Carnage a tout du thriller couillu, hard-boiled, typique des années 70. Il en exhale l'odeur, sa musique est signée Lalo Schifrin et les gueules qu'il affiche (Lee Marvin et Gene Hackman, excusez du peu) annoncent un affrontement aussi viril que brutal. Bref, un truc d'hommes. Pourtant, le film se révèle plus curieux qu'il n'en a l'air, ce qui fait son charme mais le rend quelque peu décevant. Curieux, il l'est déjà de part son personnage principal que campe avec une douceur fatiguée un Lee Marvin des grands jours, celui de A bout portant de Don Siegel ou du Point de non retour de John Boorman. Le Lee Marvin des polars, celui des Robert Aldrich aussi (Les douze salopards, L'empereur du nord). Le meilleur, celui qu'on aime. Curieux, il l'est encore de part son cadre rural peuplé de bouseux sanguins (grandiose Gregory Walcott, qu'on a surtout vu chez Eastwood : La sanction, Doux, dur et dingue...). Michael Ritchie (La descente infernale avec Robert Redford) filme admirablement ces vastes étendues, ces champs de blé que fend Lee Marvin en une course armée qui bien sûr n'est sans rappeler de façon troublante Canicule qu'il tournera douze ans plus tard, laissant penser que Yves Boisset s'est peut-être souvenu de Prime Cuts.
Curieux il l'est enfin pour les moments pleins de tendresse et presque incongrus entre Marvin et une toute jeune Sissy Spacek. La scène où il l'invite au restaurant, habillée d'une robe dont l'étoffe transparente laisse peu de place à l'imagination, est par exemple des plus savoureuses. Nonobstant la brutalité de l'ouverture dans un abattoir et cette séquence choquante où des gamines à poil sont vendues comme du bétail dans un marché aux bestiaux, Carnage tire plus en définitive sa personnalité et son intérêt de son romantisme équivoque, que de la violence qui le poisse avec largesse mais ne lui inspire pourtant qu'une conclusion par trop expéditive et dont l'happy end le prive d'un pessimisme qui seyait davantage à sa dureté et à son ambiance moite. Ainsi, très solide et jouissif film noir au demeurant, Carnage ne peut masquer tout à fait son caractère inachevé sinon hésitant qui l'empêche d'être la franche réussite espérée. (15.04.2023) ⍖⍖⍖



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