Il y a deux façons d’aborder Freeways, jeune pousse canadien dont le premier album (après un EP), True Bearings, a rencontré un certain succès en 2020. Ainsi, il est permis de s’interroger quant à l’utilité pour un groupe d’aujourd’hui d’avoir les oreilles figées il y a une bonne quarantaine d’années et d’usiner un hard / heavy metal d’un autre âge, dans la lignée de ce que composaient Thin Lizzy, Scorpions ou Def Leppard. Sommes-nous donc devenus incapables de créer une musique originale qui ne doive rien au passé ? Telle est la question que l’on peut se poser en écoutant ce combo (ou un autre, ce n’est pas les exemples qui manquent) qui n’invente rien mais le fait bien. Car il n’est pas interdit aussi (et surtout ?) de prendre plaisir en accompagnant ces musiciens aussi habiles que sympathiques à bord de leur vieux camping-car des familles. Ces derniers s’y entendent en effet pour mouliner des chansons qui toutes font mouche, simples et remuantes, sans autre prétention que de proposer la recette efficace d’un hard rock plus éternel qu’anachronique dont on regrettera qu’il manque quand même un peu de couille, de poil et de sueur. Une Raison pour laquelle (entre autres), True Bearings reste un bon album mais guère plus que cela. Qu’en est-il de son successeur ?
Remarque liminaire, Freeways demeure fidèle à la formule initiée par son galop d‘essai, tant dans la forme que dans le fond. La première respecte les standards des années 70 et 80 où les disques ne dépassaient pas la durée d’un vinyle. Ce sont donc huit titres qui s’enchaînent sans temps mort en à peine plus de 30 minutes comme à la belle époque. Le second est toujours cousu dans ce heavy batailleur et mélodique mais plus doux que mordant. Seul ‘Cracked Shadow’ en bout de course étonne un peu par sa longueur inhabituelle (comprendre, plus de cinq minutes !) et ses traits plus durs en fin de parcours. Pourtant, Dark Sky Sanctuary se hisse largement au-dessus de son aîné grâce à une écriture plus affutée encore, à l’origine de brûlots qui ne nous lâchent plus une fois qu’on les a déflorés. Tel est le cas du turbulant ‘Travelling Heart’ ou du rapide ‘Forever Protected’. L’ombre prégnante de Thin Lizzy ou du Def Leppard originel couvre encore une fois ce deuxième album, tant pour la voix légèrement voilée de Jacob Montgomery que pour l’élégance moelleuse de certaines chansons, plus particulièrement ‘Private Myth’ et son mid-tempo délicat. Le reste du temps, la basse vrombissante et les guitares au galop, les rockers appuient avant tout sur l’accélérateur (‘Give’em The Gears’), signant la bande-son idéale d’une virée le long de routes sinueuses au milieu de la nature canadienne. C’est néanmoins lorsqu’il se pose dans une cabane au bord d’un lac que le quatuor emporte le plus l’adhésion, ce dont témoignent, outre les déjà cités ‘Travelling Heart’ et ‘Cracked Shadow’, les ‘Can’t Deny Destiny’ ou ‘Fortunate’s Favorite’, qui se font cependant accrocheurs en dépit d’un rythme plus modéré. Dans le genre revival ‘70 / ‘80, Freeways confirme qu’il est incontestablement une valeur sûre grâce à ce Dark Sky Sanctuary à la fois plus varié et garni de titres plus imparables encore que son prédécesseur. (30.03.2024) ⍖⍖


Commentaires
Enregistrer un commentaire