S’il se sera fait désirer entre son premier (petit) rôt en 2014 et Lupi Amoris en 2021, Heavy Temple a cette fois le bon goût de venir plus rapidement à frapper à nos esgourdes puisque trois ans seulement séparent Garden Of Heathens de son devancier. Guetté comme une sorte de Graal plombé et psychédélique, celui-ci fut à la hauteur des promesses dévoilées par les quelques miettes qui l’avaient précédé, confirmant que les Américains comptent parmi les groupes de doom accordé au féminin les plus excitants. Et dieu sait que la concurrence est féroce ! Par conséquent, ce deuxième LP était évidemment très attendu. Le trio se plait à le présenter comme un album plus varié que son prédécesseur. Qu’en est-il vraiment ? La première impression que si dégage de sa défloration est que Garden Of Heathens semble plus brut, plus dur peut-être. Plus rapide et heavy également, comme en témoigne une saille telle que ‘Hiraeth’, tempo soutenu, guitares mordantes et moteur rugissant comme une puissante mécanique qui avale les kilomètres. Il en va de même de ‘Psychomanteum’, instrumental lourd tout en progression et en sursauts étonnamment positionné en bout de course. Est-ce à dire que le combo de Philadelphie a perdu ce qui faisait son charme ?
Que nenni, du fait déjà de la présence charismatique de la déesse High Priestess Nighthawk dont la performance se veut toujours aussi envoûtante. En vérité, la belle et ses deux compagnons n’ont pas menti. Le successeur de Lupi Amoris se caractérise tout d’abord par ses multiples nuances, tour à tour abrasif donc (‘Jesus Wept’) mais tout aussi brumeux (‘Extreme Indifference Of Life’, superbe titre en guise d’ouverture), d’une lenteur sentencieuse (‘House Of Warship’) ou squelettique (la respiration folk et hanté ‘In The Garden Of Heathens’). Autant de traits et de touches qui se mêlent parfois à l’intérieur d’une même composition comme l’illustre ce ‘Divine Indiscretion’ dont la première moitié nimbée d’effluves délicieusement psyché cède ensuite la place à une seconde partie plus rapide et (hard) rock quoique toujours chamarrée. Tutoyant les neuf minutes au compteur, ‘Snake Oil (And Other Remedies’) s’impose également comme un véritable morceau de bravoure, probable point G de l’écoute, hypnotique et charnel avec ses guitares noyées sous les effets humides, son rythme en béton armé et la voix enfumée de la maîtresse de cérémonie. On mesure alors combien l’apport de la nouvelle recrue Christian Lopez à la six-cordes est décisif. Garden Of Heathens est un sans-faute, savant de mélange de proto doom et de rock psyché baignant dans une atmosphère boisée de sorcellerie, qui valide tout le bien qu’on pense de Heavy Temple. (11.05.2024) ⍖⍖⍖


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