Totalement oublié aujourd'hui, Eddie Constantine appartient à un cinéma populaire jugé - à tort - ringard. Au mieux, le comédien (qui ne prenait pas au sérieux sa carrière) évoque Alphaville (1965) de Godard, Lucky Jo (1964) de Michel Deville voire un peu de Fassbinder (Le monde sur le fil) ou du Lars Von trier (Europa), au pire, les aventures de Lemmy Caution auxquelles il demeure pourtant avant tout associé. A partir de La môme vert-de-gris (1952), il interprétera à neuf reprises (en comptant les deux Godard, Alphaville donc puis Allemagne 90 neuf-zéro) cet agent du F.B.I. imaginé par Peter Cheyney. Romans de gare et films d'espionnage sans prétention qui très tôt sont considérés avec dédain par la critique et en particulier les tenants de la Nouvelle vague. Pourtant, si une couche de poussière les ont incontestablement recouvertes, ces séries B décontractées dégagent finalement plus de charme que bien des pensums ruminés par les Rivette et consorts.
Troussé par Bernard Borderie, lui aussi voué aux gémonies par les "Cahiers" mais symbole de tout un pan du cinéma français voire européen qui n'a d'autre but que de donner au public ce qu'il attend, A toi de faire... mignonne en constitue un bon exemple. Ce n'est évidemment pas un grand film mais grâce à une action constante, un Eddie Constantine plus goguenard que jamais et un ravissant trio de pépées (Gaia Germani, Christiane Minazolli et Elga Andersen) qui lui injecte un érotisme inoffensif, on ne s'ennuie jamais. Un humour qui flirte avec le loufoque, ces visages familiers qui font tout le sel du cinéma français (Noël Roquevert, Hubert Deschamps, Henri Cogan, Marcel Pérès) et même l'indispensable Dominique Zardi dans un coin de l'écran compensent un scénario embrouillé et sans intérêt dont on se moque, amusés par ces aventures pleines de désinvolture, de bagarres et de gangsters qui manigancent à bord de grosses berlines (forcément) américaines. Bref, une autre époque, qu'il est permis de regretter... (09.07.2023) ⍖⍖
%20(1).webp)


Commentaires
Enregistrer un commentaire