Greenleaf est une valeur sûre en matière de hard rock vintage mâtiné de stoner enfumé typiquement suédois (mais pas que). 25 ans de carrière, neuf rondelles (en comptant cette petite dernière) et dans ses rangs, des musiciens passés chez Dozer ou Lowrider, justifient ce statut de premier de cordée. De fait, ce repère de briscards chevronnés ne déçoit jamais vraiment même si, reconnaissons-le, Echoes From A Mass (2021) n’apportait rien de neuf à une recette bien rôdée. Qu’en est-il de The Head And The Habit ? Dès ‘Breathe, Breath Out’, qui lance l’écoute de la manière la plus efficace et remuante soit-il, nous sommes en terrain familier. Chant taillé pour le genre avec ce grain à la fois viril et chaleureux, guitares gorgées d’un feeling fuzzy, coulées dans le plomb et rythmique du feu de dieu qui bave de partout. En un peu plus de cinq minutes qui donnent la banane, la messe est (bien) dite. Le menu se dévide, collection de brûlots tous faits de ce même bois à la fois moelleux et ensoleillé. Mais est-ce à dire que ce neuvième album, aussi imparable soit-il, ne surprend pas plus que son prédécesseur ? Que nenni et pour deux raisons. La première réside dans la profondeur et la gravité des thèmes abordés par le chanteur Arvid Hällagård, lequel a puisé dans son expérience professionnelle aux côtés de personnages souffrant de troubles mentaux pour brosser de courtes histoires.
Ce qui dicte à The Head And The Habit son ambiance faussement joyeuse sous laquelle bruisse une noirceur sourde, comme en témoignent, par exemple ‘A Wolf In My Mind’ au titre éloquent, le court et bluesy ‘That Obsidian Sun’ ou au contraire le long (plus de 8 minutes) ‘The Tricking Tree’, lent périple dont les sinuosités ont quelque chose de méandres émotionnels. Plus l’écoute avance, plus l’ambiance se fait sombre, comme si la bonne humeur des premiers titres était peu à peu contrariée par d’insondables tourments. Quant à la seconde raison, elle tient à l’insolente qualité de ces compositions qui toutes font mouche. ‘Avalanche’ est batailleur, ‘Different Horses’ (sans aucun doute le point G de l’ensemble) plus chaloupé, vibrant en fin de parcours d’un irrésistible pouls hypnotique, ‘The Sirens Sound’ associe la dureté d’une batterie puissamment enracinée dans le sol à une énergie soyeuse, ‘Oh Dandelion’, mordant et lancinant. Tout cela confère à The Head And The Habit une identité bien particulière, vigoureuse mais pesante, enjouée mais fragile et tavelée de mélancolie. Les musiciens abattent un travail superbe et flamboyant, de Tommi Holappa et son jeu de guitare lourd et racé à Arvid Hällagård, très en forme sans oublier le batteur Sebastian Olsson qui imprime un groove en béton armé. Bref, tout y est : les compos, la puissance, l’atmosphère, la classe. Avec en sus cette profondeur qui fait toute la différence. (16.06.2024) ⍖⍖⍖


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