Dans les années 30 et 40, chaque grand studio hollywoodien possédait sa signature tant visuelle que thématique, identité renforcée par le recours à des techniciens et comédiens sous contrat. A cette époque, aux côtés des films d’aventures (Robin des Bois), la Warner Bros. s’est faite une spécialité des polars urbains moralisateurs (code Hays oblige) aux fortes consonnances sociales dont l’archétype le plus abouti demeure Les anges aux figures sales (1938) de Michael Curtiz. La recette est ensuite déclinée sur un mode plus modeste comme l’illustre notamment A l’est du fleuve. Modeste par l’équipe à l’œuvre (Alfred Green n’est ni Curtiz ni Raoul Walsh, pas plus que Brenda Marshall n’est Olivia De Havilland), cette série B l’est aussi par son résultat sympathique mais très mineur, déroulant la classique rivalité entre deux (faux) frères, l’un brillant docteur, l’autre gangster. Et bien sûr, ils aiment la même femme en un banal triangle amoureux qui glisse le film sur une pente plus humoristique sinon légère que réellement noire.
De fait, Tête chaude (autre titre français dont on ne comprend pas trop la signification, pour changer !) aligne les qualités et les défauts des productions Warner de série B d’alors. Un sens de l’efficacité qui permet d’emballer le tout en à peine 70 minutes et des acteurs solides (dont George Tobias et surtout Marjorie Rambeau en mama italienne) incarnent les premières. Un scénario qui ne quitte jamais les rails où il est posé, que solde au surplus la rédemption obligée du gentil bad boy auquel son amoureuse préfèrera évidemment le frère, palot mais honnête, encombre ce petit film où John Garfield, encore à ses débuts, ne peut tirer grand-chose d’un rôle que James Cagney aurait pu tenir quelques années auparavant. Figure du film noir des années 40 qu’il teintait de cette curieuse fragilité qui n’appartenait qu’à lui, il était bien plus à son avantage dans Je suis un criminel de Busby Berkeley en 1939 et le sera plus encore dès l’année suivante dans Le vaisseau fantôme (1941) de Michael Curtiz avant d’enchaîner ses meilleurs films après-guerre, du Facteur sonne toujours deux fois (1946) de Tay Garnett à Sang et or (1947) de Robert Rossen, sans oublier L’enfer de la corruption (1948) de Abraham Polonsky. (22.02.2024) ⍖⍖
.jpg)


Commentaires
Enregistrer un commentaire