CinéZone | Martin Scorsese - Alice n'est plus ici (1974)


Quand on évoque Marton Scorsese, ses films avec Robert De Niro (Raging Bull, Les affranchis…)  ou Leonardo Di Caprio (Shutter Island, Killers On The Flower Moon) sont les premiers à cogner à la porte. Pourtant, sa longue carrière est jonchée de bobines plus atypiques en ce sens où elles tranchent dans un univers sombre et violent. On pense par exemple à After Hours (1986), au Temps de l’innocence (1993) ou à ce Alice n’est plus ici, coincé entre Mean Streets et Taxi Driver. De loin en effet, cette chronique désenchantée du rêve américain et de son échec porte peu la griffe de Scorsese. Son prologue aux décors et couleurs de studio entre Alice au pays des merveilles (forcément) et Autant en emporte le vent surprend de prime abord, de même que le ton aux frontières du burlesque qui du tout long dédramatise le récit, comme lorsque Alice apprend la mort de son mari et dont les larmes semble se confondre avec le rire. Œuvre de commande dans la lignée des road movies provinciaux de l’époque où le voyage se veut autant intérieur que géographique, Alice n’est plus ici offre néanmoins un beau portrait de femme cher au réalisateur. Se rêvant chanteuse, Alice se retrouve épouse et mère au foyer, coincée entre un mari irascible et un garçon turbulent. La mort de son époux la libère de son carcan et la pousse sur les routes en quête de son rêve de gloire. 


Flanqué de son fils qu’on a envie de baffer, elle échoue finalement dans des motels de seconde zone. De chanteuse de bars, elle glisse comme serveuse dans un snack populeux. Mais elle y trouve l’amour qui a les traits pileux de Kris Kristofferson tout en tendre virilité. Le film se révèle moins féministe qu’on ne le croit car, certes femme de caractère éprise de liberté et d’indépendance, Alice n’en a pas moins besoin des hommes, fils ou amant. Peuplé de personnages bizarres (Harvey Keitel en psychopathe camouflé en doux agneau ou Jodie Foster en gamine étrangement androgyne), Alice Doesn’t Live Anymore est porté par une Ellen Burstyn qui trouve là sans aucun doute un de ses plus beaux rôles, très justement récompensé par un Oscar. Les scènes qu’elle partage avec le jeune Alfred Lutter III sont aussi savoureuses qu’explosives et pleines de naturel. A l’image de son interprétation de cette mère de famille qui cherche désespérément le bonheur et l’épanouissement et avec laquelle il est facile de s’identifier, femme déjà cabossée par la vie, aux cicatrices encore à vif mais bouillonnant d’optimisme. Quant à la mise en scène de Martin Scorsese, elle se veut brillamment effrontée avec cette liberté de ton propre au nouveau Hollywood. Bref, une œuvre moins mineure qu’elle en a l’air, simple et attachante et dont, après Bertha Boxcar, on regrette que Scorsese n’est pas poursuivi dans cette voie… (05.03.2024) ⍖⍖


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