Il est toujours amusant de voir comment de petits films ignorés et très peu considérés lors de leur exploitation dans les salles obscures jouissent quarante ou cinquante ans plus tard d’un culte et bénéficient de riches éditions en DVD/Blu-Ray avec restauration soignée, digipack et bonus. Tel est par exemple le cas des Week-ends maléfiques du Comte Zaroff que trousse Michel Lemoine en 1976. Celui-ci, d’abord comédien dont le physique inquiétant le prédisposait aux rôles étranges (Le monstre aux yeux verts de Romano Ferrara), entame au début des années 70 une carrière de réalisateur avec Les désaxées (1972), contribuant aux côtés des Jean Rollin, Max Pécas, José Bénazéraf, Jean-François Davy ou Jean-Marie Pallardy à alimenter en érotisme le cinéma français, avant de tâter franchement du porno avec Olinka Hardiman (Marilyn, mon amour). Malgré son titre et la chasse à l’homme (ou plutôt à la femme) en guise de générique, Les week-ends maléfique du comte Zaroff ne noue qu’un lien très lointain avec l’œuvre de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel cependant que l’érotisme cher à Michel Lemoine l’emporte sur la fantastique et l’horreur en dépit d’une scène délicieusement cruel où un couple est écrasé par un mécanisme de torture à base de pics.
Au vrai, cette histoire de comte hanté par un fantôme féminin (la superbe Joëlle Coeur, vue notamment dans Les démoniaques de Jean Rollin) qui, sous la férule d’un majordome bizarre (Howard Vernon qui ne force pas trop son talent), condamne à d’effroyables sévices des filles rabattues dans son château, sert avant tout de prétexte à filmer du nichon (que Martine Azencot à fort opulent) et de la toison pubienne. Bref, un peu comme chez Rollin ou Jesus Franco. Mais sans la langueur somnambulique du premier ou le dilettantisme du second, Lemoine signe un film érotico fantastique étonnamment bon. Les acteurs ne sont pas très convaincants (Nathalie Zeiger), la motivation des personnages, pas très claire mais la photographie brumeuse de Philippe Théaudière, la musique de Guy Bonnet qui imprime un rythme entêtant et certains plans très réussis rendent fascinant Sept femmes pour un sadique (son titre alternatif) dont on comprend mal pourquoi à l’époque il a été interdit par les fourches caudines de la commission de censure. Drapé dans cette ambiance à la fois macabre et poétique typique du fantastique nanardesque français des années 70, c’est un film étrange et parfois halluciné comme le regard possédé de son auteur, parfois maladroit, souvent foutraque, toujours envoûtant. (18.04.2024) ⍖⍖
.jpg)


Commentaires
Enregistrer un commentaire