Sidney Lumet - Piège mortel (1982)


Il n’est pas rare de lire que Piège mortel est un film mineur dans la carrière de Sidney Lumet. Certes, il ne se hisse pas au niveau de Douze hommes en colère, Serpico ou Un après-midi de chien mais s’avère bien supérieur aux Coulisses du pouvoir ou Contre-enquête, bobines tout à fait sympathiques par ailleurs. Deathtrap se veut surtout extrêmement jubilatoire, enchaînant coups de théâtre et rebondissements avec une diabolique gourmandise. Evidemment, il n’est pas sans évoquer Le limier de Mankiewicz, en tout aussi ludique bien que moins brillant : même matériau d’origine théâtral, même huis clos, même distribution réduite à deux ou trois protagonistes, même intrigue policière aux allures de jeu de dupes et même Michael Caine, au mieux de sa forme qui plus est. Lumet manifeste toujours son aisance avec des sujets au cadre resserré basé sur un décor unique et poignée de personnages, sachant éviter le piège (mortel?) du théâtre filmé. A l’évidence, il s’amuse beaucoup avec cette adaptation de la pièce de Ira Levin laquelle, au-delà de sa dimension criminelle, interroge les ressorts, les mécanismes de la création artistique en général et policière au cas particulier. 


En cela, Piège mortel est une pièce de théâtre dont le canevas servira lui-même à une pièce de théâtre. C’est habile et malin, les dialogues sont savoureux, teintés d’une touche presque british et l’interprétation au diapason. Michael Caine, qui commence à l’époque à tourner parfois n’importe quoi (Le dernier secret du Poséidon, A nous la victoire), croque à pleines dents dans ce rôle retors et pathétique d’un auteur sur le déclin tandis que Christopher Reeve, qui lui tient la dragée haute, démontre qu’il vaut mieux que Superman dans la peau de cet apprenti écrivain, fausse victime mais vrai manipulateur. Doublés en français respectivement par Francis Lax et Pierre Arditi, ils s’affrontent en une joute absolument jouissive. Quant à Dyan Cannon, elle se montre agaçante comme de coutume. Exercice de style peut-être, Piège mortel nous régale pourtant grâce à un scénario aussi alambiqué que machiavélique, une mise en scène d’orfèvre et une interprétation délectable, autant de qualités qui lui permettent de survivre au-delà d’un seul visionnage, écueil dans lequel sombre souvent ce type de films qui, une fois leur suspense éventé, perdent tout intérêt à être revus. Rien de tout cela avec Deathtrap quand bien même il ne saurait égaler Le limier dont il se révèle très proche. (25.03.2024) ⍖⍖⍖


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