Après avoir bricolé avec des bouts de ficelle Dark Star, son premier film qu’il a écrit avec son ami Dan O’Bannon ( Alien, Le retour des morts-vivants), John Carpenter livre deux ans plus tard Assaut. Son budget est à peine plus conséquent (100 000 dollars), son exploitation dans les salles américaines, quasi confidentielle mais il rencontre un certain succès en Europe et devient un objet culte au fil des années, inspirant même un remake (pour une fois digne d’intérêt) par le réalisateur français Jean-François Richet avec Ethan Hawke et Laurence Fisburne dans les rôles principaux. Malgré sa forme modeste, Assaut se révèle être une œuvre matricielle dans la carrière de Carpenter en cela qu’il porte en lui les germes de ses grands à films à venir. Le thème de la guérilla urbaine annonce New York 1997, le petit groupe retranché dans un lieu unique face à une menace invisible sera repris dans The Thing, la musique aux notes électroniques entêtantes que compose le maître ébauche les thèmes inquiétants de Halloween ou de Christine. Ce n’est un secret pour personne que Assaut On Precinct 13 puise son inspiration dans le Rio Bravo (1959) de Howard Hawks, classique du western qui a fortement marqué Carpenter (il signe d’ailleurs le montage sous le nom de John T. Chance qui est celui du personnage joué par John Wayne) dont il reprend l’idée des héros assiégés entre les quatre murs de la prison du shérif (ici un commissariat). Comme bien d’autres films d’action ou polars, il coule les codes du western, mythe fondateur du cinéma américain, dans un cadre moderne et urbain.
Mais les temps ont changé et les héros avec. La guerre du Vietnam est passée par là, l’utopie d’une société idéale et multiculturelle fracassée sur la réalité. Cinéaste de gauche (cf. son très anti reaganien Invasion Los Angeles), Big John pioche ses protagonistes dans les minorités (un noir, une femme) et les rebus de la société (les détenus) en un assemblage hétéroclite. Entre rues crasseuses et bâtiments désolés, le réalisateur capte la réalité d’un tissu urbain que gangrène une violence barbare et n’hésite pas à choquer en filmant une petite fille abattue froidement. Comme dans Aventures en Birmanie de Raoul Walsh ou certains westerns de Budd Boetticher (La chevauchée de la vengeance), il couvre le danger d’un voile abstrait (sans visage, les ennemis sont peu caractérisés hormis le tueur blond armé d’un fusil muni d’un silencieux et visant gratuitement des quidams) auquel participent son budget limité et des héros qui n’en sont pas vraiment et dont on ne sait rien non plus, réduits à une force collective qui, une fois le siège terminé, se désagrégera. Policiers et gangs semblent même se confondre, dans leur violence et leur forme indistincte, ce dont témoigne la première scène. Usant avec une grande habileté du cinémascope, John Carpenter fait déjà montre dans son travail d’une insolente maîtrise, précis dans ses cadrages, efficace dans les fusillades qui tâchent l’écran. Entre La nuit des morts vivants (le fantastique en moins) et les vigilante movies, Assaut est un film à l’ambiance bien particulière dont l’échec commercial va contraindre John Carpenter à se limiter au rôle de scénariste (Les yeux de Laura Mars) ou réalisateur pour la télévision (Meurtre au 43e étage) avant de connaître enfin la consécration avec La nuit des masques en 1978. (31.05.2024) ⍖⍖
.jpg)


Commentaires
Enregistrer un commentaire