Le film qui fit délirer les surréalistes. Sublime poème onirique, Le portrait de Jennie demeure une des plus belles histoires d’amour jamais cotées à l’écran. Lorsque l’amour ne connaît aucune frontière, lorsque l’amour triomphe de la mort. Le film se penche sur l’histoire d’une femme qui revient par delà la mort afin de connaître un dernier amour, l’amour de sa vie. A chacune de ses apparitions, Jennie se rapproche chaque fois un peu plus du présent et donc, de sa tragique destinée. Cela ne peut que déboucher sur un grand film et c’est le cas. Rarement, une œuvre aura été aussi belle, aussi déchirante. De plus le film est porté par la plus romantique des comédiennes d’alors, Jennifer Jones, qui venait alors de triompher dans une autre histoire d’amour fou, Duel au soleil de King Vidor, dont les première scènes auraient d’ailleurs été signées par William Dieterle, et où l’on retrouvait aussi Joseph Cotten, même si le grand rôle masculin revenait à Gregory Peck.
Dieterle avait déjà dirigé le couple Cotten / Jones dans Le poids du mensonge en 1945. Autant de longs métrages tous produits par David O’Selznick (alors époux de l’actrice), symbole de ces puissants nababs qui ont fait le Hollywood de l’âge d’or et dont les productions portent la griffe autant que celle des réalisateurs. Le portrait de Jennie est également un des plus beaux films sur le mystère de la création. Au début du récit, l’artiste se morfond en peignant d’anodins petits paysages, exécutés avec savoir-faire mais dépourvus de passion, de chaleur. Sa rencontre avec Jennie va révéler son talent. C’est en peignant la femme qu’il aime qu’il atteindra le sommet de son art. Il demeurera l’artiste d’un unique chef-d'œuvre. Bien qu’il soit aujourd’hui considéré comme une pièce majeure, Le portrait de Jennie n’en fut pas moins un gros échec lors de sa sortie sur les écrans. Incompris et trop délirant peut-être. On retrouve d’ailleurs cette folie dans la forme même du film, à travers l’emploi de teintes colorées pendant la déchirante scène du raz de marée alors que tout le reste est en noir et blanc. Déjà victime d’un tournage chaotique, il ne rapporta qu’un million de dollars alors qu’il en coûta quatre ! (2001) ⍖⍖⍖
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