Porte-étendard de la souffrance érigée comme un art, le doom a longtemps été un genre maudit, dont les représentants portaient tel un fardeau, une malédiction qui, comme les impôts, ne les lâchait jamais. Peu de groupes en effet, hormis Candlemass et Cathedral, ont réellement croisé le succès sur leur route obscure. En contrepartie, rien ne vaut le statut de groupe maudit pour se voir coller sur la gueule l'étiquette "garantie 100 % culte", quelques années plus tard. A l'instar de Solitude Aeturnus ou de Count Raven, Penance fait donc partie de cette légion de doomeux maudits, ce qui ne peut paraître qu'incompréhensible (et injuste) à l'écoute de cette seconde ostie, succédant à The Road Less Travelled, sorti deux ans auparavant sur le label de Lee Dorian, Rise Above, ce qui demeure toujours un gage de qualité. Dans la lignée de Saint Vitus, en moins punk et plus heavy metal, les Américains déverse un doom ultra plombé, baignant dans ce son graisseux propre à la frange ricaine de cette chapelle parmi les plus underground de la scène metal. En digne émule du Black Sabbath première période, le groupe sait aussi miser sur les atmosphères (le contemplatif "Destroyer By One" et son clavier seventies, lequel, placé à mi-parcours, forme une pause avant l'assaut final), tout comme il aime déployer son talent sur une durée relativement longue, souvent entre 5 et 8 minutes.
Surtout, si la voix de Lee Smith reste dans la norme voulue par le genre, Penance possède en revanche un atout non négligeable, en la personne du guitariste Terry Weston, qui abat des riffs et des soli en provenance directe des forges de Vulcain. Hanté par le fantôme de Tony Iommi (surprenant, n'est-ce pas ?), il se montre aussi à l'aise dans le registre pétrifié, comme sur "Crosses" que dans les envolées déchirantes de beauté, à l'image de ses interventions illuminant les ultimes salves de l'album, notamment les dantesques "Visions" et surtout "Reflections", véritable morceau d'anthologie de ce pavé aux ambiances mortifères. Publié par le puissant label Century Media, Parallel Corners n'aurait jamais dû pâtir de l'indifférence dont il a été victime, comme le seront plus tard Bridges To Burn et Proving Ground. A l'heure où le doom a le vent en poupe, Penance, qui demeure toujours en activité malgré toutes les embûches rencontrées, a donc une carte à jouer. Le public semble prêts désormais à s'abîmer dans la tristesse et la noirceur, aux sons des sombres mélopées façonnées par les défenseurs toujours intègres d'un courant musical décidément singulier. Les retours réussis de Solitude Aeturnus, Count Raven, Candlemass et Trouble l'illustrent bien. (24.02.2007) ⍖⍖⍖
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