Il n’y a pas que Howard Hawks ou Alfred Hitchcock qui ont parfois refait leurs propres films, John Farrow aussi, s’est prêté à ce curieux exercice. C’est ainsi qu’il trousse en 1956 Les échappés du néant, remake, fidèle qui plus est, de Quels seront les cinq ?, qu’il avait emballé dix-sept ans plus tôt. Un petit groupe de passagers embarque dans un avion pour l’Amérique du Sud qu’une tempête accidente et oblige à atterrir dans la jungle. Menacés par une tribu de réducteurs de têtes dont le son hypnotique des tam-tams annonce l’approche inexorable, les survivants s’organisent en une petite communauté. Une fois l’embarcation réparée, seuls cinq d’entre eux pourront malheureusement monter à bord et quitter ce territoire hostile… Une histoire riche en promesses mouvementées et tendues, un réalisateur rompu à l’action (Hondo, Le renard des océans…) et une distribution séduisante garantissait un bon film d’aventures. Las, Back From Eternity ne décolle qu’à mi-parcours, après que l’avion se soit écrasé ! Avant cela, il faut supporter une première partie bavarde consacrée à la longue présentation des divers protagonistes en une ébauche des films catastrophe à venir.
Heureusement, la seconde moitié se montre à la hauteur de l’attente, révélant sur fond de menace invisible la personnalité de chacun, du lâche au condamné à mort qui se découvrira investi d’une manière quasi divine au moment de devoir trier ceux qui partiront de ceux qui resteront et mourront, ce qui fournira au métrage un dernier quart d’heure enfin captivant. L’interprétation n’est pas sans surprise non plus. Alors qu’on attendait beaucoup de lui, à fortiori dans la peau du héros, Robert Ryan ne force pas tellement son talent dans un rôle il est vrai banal qui ne lui permet pas de bouffer l’écran. Contrairement à Rod Steiger qui s’impose en forçat malin et désabusé aux allures de démiurge rondouillard, rappelant que c’est bien durant les années 50 qu’il délivre ses performances les plus intéressantes. Blonde atomique, Anita Ekberg étonne également en hôtesse de tripot qui lave les péchés d’une vie impure en se découvrant une insoupçonnée fibre maternelle, personnage qui souligne encore davantage la dimension rédemptrice du récit. Sans être la réussite espérée, Les échappés du néant se laisse regarder avec plaisir, film d’aventures modeste mais sympathique dont le sujet pourtant propice à une passionnante étude de caractères et à un suspense haletant est trop engoncé dans un format de série B. (08.07.2024) ⍖⍖
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