Ils l'ont fait ! De quoi ? Parvenir à donner un successeur digne de ce nom au gigantesque Meddle et sans se répéter, voilà la prouesse que le grand Pink Floyd a réussi. Pourtant la tâche n'était pas aisée, bien au contraire ; mais pour des musiciens aussi talentueux et créatifs que Roger Waters, David Gilmour, Nick Mason et Richard Wright, rien n'est impossible. Mieux, Dark Side Of The Moon peut être considéré comme l'album le plus célèbre (avec The Wall) du groupe britannique. Pourtant, contrairement à son prédécesseur, certes moins accessible car plongeant dans une sorte de rock stratosphérique expérimental parfois terrifiant, ce nouvel opus semble aller de prime abord dans toutes les directions, de l'intro planante "Speak To Me" aux hymnes quasi instantanés (?) "Time" et surtout "Money", titre qui se rapprocherait le plus de la notion de chanson, du mélancolique et bouleversant "Us And Them", tellement beau qu'il vous fout des frissons dès les premières notes égrenées, aux délires instrumentaux ("On The Run"). La richesse des bruitages (horloges qui sonnent, caisse enregistreuse...) et la large palette vocale utilisée (bébé qui braille, coeur qui bat, voix féminines, comme sur le puissant et vertigineux "The Great Gig In The Sky") participent aussi de cette apparente hétérogénéité.
Puis peu à peu, on prend conscience que rien n'est vain ou gratuit et que cette poignée de titres éparses réunit autour d'un titre énigmatique s'inscrit de fait (comme souvent avec Pink Floyd) dans un schéma conceptuel beaucoup plus vaste, lequel, à l'instar des pyramides illustrant le livret, ne révèle son secret qu'une fois sa totalité appréhendée. Les disques des Anglais ne sont pas des collections de chansons mises bout à bout au petit bonheur, mais forment un tout intelligemment élaboré, construit comme un cercle et où rien n'est présent au hasard. C'est ce qui en fait des œuvre d'art avec un grand A. S'il annonce déjà le virage plus commercial que le quatuor empruntera à partir de l'opus suivant, et peut donc paraître pour ceux qui le suivent depuis longtemps, moins novateur, Dark Side Of The Moon s'avère pourtant une œuvre quintessentielle, synthèse idéale de ce qu'est Pink Floyd, groupe inclassable mais essentiel (ceci expliquant sans doute cela), que certains rattachent maladroitement, faute de mieux, à la scène progressive. Néanmoins, si l'on entend par progressif, aller de l'avant et expérimenter ; alors oui, la formation a toute sa place au sein de ce courant hétéroclite, comme le démontre cet album bénéficiant aujourd'hui d'un culte amplement justifié. (12.02.2007) ⍖⍖⍖⍖
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