Des sons étranges. Vaporeux. Planants. On pense à Meddle de Pink Floyd (le meilleur !). Répandue par des nappes de synthétiseurs (Mellotron, Moog…), la musique s’élève peu à peu, tel un oiseau qui se laisse planer dans les airs ; ces vagues sonores nous emportent très haut, tout là haut, atmosphères contemplatives et chaleureuses d’une sidérante beauté. Puis, ces sons électroniques aux allures de vibrations spectrales se mettent à proliférer d’une manière hypnotique et tissent des ambiances d’abord cotonneuses qui prennent forme peu à peu ; se durcissent, montent crescendo pour atteindre un orgasme final qui tient davantage de la transe que de la musique. Œuvre cosmique, typique en cela de l’école électronique allemande dont le groupe est un des créateur avec Klaus Schulze et Manuel Göttsching (Ash Ra Tempel), Rubycon s’articule en deux mouvements à l’architecture (forcément) instrumentale d’une durée de 17 minutes environ chacune. Tangerine Dream, ici dans sa configuration classique, comprendre Edgar Froese (guitare, claviers), Chris Franke (claviers) et Peter Baumann (batterie, claviers), prend donc tout son temps pour envoûter l’auditeur (ou l’emmerder, c’est selon !).
Ce septième opus poursuit l’évolution entamée par son prédécesseur, le déjà remarquable Phaedra et annonce le virage plus commercial, plus accessible des albums suivants, tels que Stratosfear et Force Majeure notamment. Rubycon est donc un disque de transition, idéal en cela pour découvrir ses géniteurs. Si une guitare se fait parfois entendre (la seconde partie surtout), c’est bien la kyrielle de synthétiseurs qui demeure le chef d’orchestre d’un ensemble qui navigue sur des vagues atmosphériques, lesquelles se drapent d’une dimension quasi religieuse et mystique. Mais à l’instar des créations des autres défenseurs du genre, on se rend compte au final que cette musique ne se décrit pas avec des mots. Elle se vit plus qu’elle ne s’explique. Elle est une question de sensation, de sensibilité. Tout le charme du rock planant des années 70, moins gigantesque et métaphysique que Klaus Schulze, l’ancien batteur du groupe, certes, mais tout aussi beau et envoûtant. Les amateurs comprendront. Un des albums majeurs de Tangerine Dream, composé il est vrai durant sa période faste, celle qui correspond à l’ère Virgin, dont le catalogue d’alors est riche de ce genre de musique (Mike Oldfield, Schulze bien sûr). (07.05.2008) ⍖⍖⍖
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