David Cronenberg - A History Of Violence (2005)


Nombreux sont ceux à placer A History Of Violence parmi les meilleurs films de David Cronenberg. S’il n’est pas exempt de menus défauts, le successeur de Spider (2002) n’en est pas moins une œuvre particulièrement troublante. Adaptation d’un roman graphique conçu par John Wagner et Vince Locke, s’agit-il d’un thriller ? D’un drame ? D’un film d’horreur ? S’il est un peu tout cela à la fois, Cronenberg brouille constamment les pistes, bifurque à maintes reprises. Il s’agit avant tout d’une réflexion sur la violence et la manière dont elle surgit dans le quotidien pour en lessiver tous les repères, en décaper les rassurantes balises. En cela, la première partie du film est sans doute la plus réussie, la plus fuyante. En un superbe plan séquence, elle s’ouvre sur deux types qui dézinguent froidement les tenanciers du motel où ils ont séjourné. L’atmosphère paisible, à laquelle participent des mouvements d’appareil très discrets, tranche avec la violence de l’acte dont on ne constate que le résultat. Passé cette introduction aussi glaciale qu’intrigante, l’histoire stationne dans une bourgade tranquille où la vie à priori sans histoire d’une famille américaine typique est effeuillée par Cronenberg qui s’emploie à en aligner tous les clichés (le fils souffre-douleur du capitaine de l’équipe de foot). On se demande alors s’il s’agit toujours du même film et où le réalisateur veut en venir. Pourtant, il y a déjà des regards bizarres, des détails dans les relations entre les membres de la famille qui semblent ne pas coller avec ce cadre (trop) parfait. 


Puis survient le point de bascule, lorsque Tom, le père de famille, qui apparaissait jusqu’alors comme un homme tendre, presque faible, abat les deux types du début venus semer la terreur dans son petit restaurant. Le sang-froid dont il fait preuve et l’habileté à manier un flingue interrogent. S’il fait de lui un héros aux yeux de la population, cet acte de courage pousse non sans ironie le récit dans un cauchemar tout d’abord incertain puis de plus en plus prégnant. Manière pour Cronenberg de briser la vision manichéenne de l’héroïsme décrit ici comme le révélateur d’un passé trouble et violent qu’il réveille brutalement. Des mafieux débarquent ensuite dans la petite ville et rôdent autour de Tom dans lequel ils affirment avoir reconnu Joey, le frère d’un chef de gang de Philadelphie. On comprend alors que celui qui passait pour un citoyen au-dessus de tout soupçon cache en vérité un ancien tueur, en une dualité chère à Cronenberg depuis toujours fasciné par le thème du double (Faux-semblants). En ce sens, A History Of Violence porte l’incontestable griffe du Canadien qui par ailleurs décrit la violence comme un virus, un mal qui se transmet, autre obsession qui traverse toute son œuvre (Rage). Comme souvent, il ausculte la cellule familiale qu’il présente comme un organisme qui a sa vie propre. Chaque membre de celle-ci réagit différemment face à ce passé qui resurgit notamment l’épouse qui, lors d’une scène de sexe d’un érotisme dérangeant, qui répond à une précédente scène d’amour plus classique, cède à des pulsions primaires enfouies dans les replis de son être. A la fin, quand Tom / Joey revient après avoir liquidé son frère, dernier amarre le rattachant à sa vie d’autrefois, il est finalement accepté par sa famille sur laquelle le film se referme, formant un univers clos et vicié. Dommage que, nonobstant cette fin ouverte, la dernière partie du film se montre plus banale. (27.09.2024) ⍖⍖


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