De prime abord, sous ses airs de terne série B, Le raid n’est pas un western très attirant. Ce qui explique sans doute pourquoi il est resté longtemps inédit en France, jusqu’à sa diffusion en 1988 dans l’émission si chère aux cinéphiles que fut La dernière séance. Il s’agit pourtant d’un western aussi atypique qu’excellent. Troussé par Hugo Fregonese, à la trajectoire elle-même assez curieuse, écartelée entre l’Argentine et les Etats-Unis en passant par l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne et à l’origine de plusieurs westerns de bonne facture (Quand les tambours s’arrêteront, Passage interdit, La pampa sauvage), le film s’inspire d’un fait réel, l’attaque à la fin de guerre de Sécession d’une petite ville de l’Union par des soldats confédérés qui viennent de s’échapper de prison. Or contre toute attente, Le raid ne fait pas de cette poignée de Sudistes une bande de pillards sanguinaires mais au contraire des hommes courageux mus par un esprit de vengeance plus que de revanche, bien décidés à laver l’affront d’une guerre dont l’issue ne fait alors plus aucun doute. Il s’agit pour eux d’un dernier et désespéré baroud d’honneur. On tient ici la première curiosité de ce western qui, s’en prendre fait et cause pour la Confédération, propose une image des Sudistes plutôt positives, ce qui n’est pas si fréquent à Hollywood (même si, dans les bonus de l’édition DVD, Bertrand Tavernier affirme le contraire).
Si la guerre civile n’est jamais montrée à l’écran, le film multiplie néanmoins les détails qui l’évoquent ainsi que ses conséquences sur la population : les nouvelles qui sont placardées, la vue d’un Yankee qui a perdu une jambe ou la jeune veuve interprétée par Anne Bancroft. Mais s’il est clairement ancré dans un cadre westernien et un contexte historique bien précis, le film repose sur une intrigue qui finalement pourrait être celle d’un polar. Que ce soit Sydney Boehm qui l’ai scénarisé ne surprend puisque Les inconnus dans la ville (1955) qu’il écrira pour Richard Fleischer, ne semble pas si loin. L’absence des séquences d’action habituelles dans le genre, hormis dans sa dernière partie, participe également au caractère curieux de ce western qui joue sur l’attente plus que sur la violence pour égrener une tension néanmoins de plus en plus palpable au fur et à mesure que le jour du raid en question se rapproche. Si la mise en scène de Hugo Fregonese se veut sans prétention, refusant le spectaculaire, ce qui ne la rend pas moins impeccable, il convient de louer la photographie de Lucien Ballard qui par moments revêt des couleurs quasi picturales. Une distribution solide de laquelle émergent Van Heflin, dont on sent qu’il peine à contenir sa haine des Nordistes, un Lee Marvin en soldat psychopathe et surtout Richard Boone qui cherche une rédemption après s’être montré lâche durant la guerre, finit de bétonner ce western qui vaut mieux que ses allures de morne série B. (01.10.2024) ⍖⍖⍖
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