S’il est loin d’être indispensable (nous y reviendrons), Monsieur St. Ives n’en marque pas moins une étape importante dans la carrière de Charles Bronson puisqu’il ouvre une longue collaboration avec Jack Lee Thompson qui ne tardera pas à devenir son réalisateur régulier. Des huit films qu’ils tourneront ensemble jusqu’en 1989 et le sinistre Kinjite, sujets tabous, n’émerge cependant aucune œuvre majeure. Si notre préférence se dirige malgré tout vers Le justicier de minuit (1983), cette première association demeure cependant leur film qui affiche la plus solide tenue. La belle photographie de Lucien Ballard, les accords reconnaissables entre mille de Lalo Schifrin, des dialogues non dénués d’humour et une distribution en béton armé qui, outre notre moustachu préféré évidemment, voit Jacqueline Bisset et Maximilian Schell (néanmoins très sous-employés) côtoyer les trognes familières de Harry Guardino, Dana Elcar, Harris Yulin, Elisha Cook Jr., Dick O’Neill et même Jeff Golblum (décidément abonné au rôle de loubard après Un justicier dans la ville ) et Robert « Freddy » Englund, nourrissent un suspense efficace. A l’époque, Jack Lee Thompson n’a pas encore abdiqué un savoir-faire qui lui dicte notamment une séquence très réussie, celle de l’ascenseur (la meilleure du film).
Une intrigue artificielle et un dénouement prévisible (on se doute d’emblée que Jacqueline Bisset et Maximilian Schell sont moins innocents qu’ils n’en ont l’air) tempèrent malheureusement l’enthousiasme que suscite une première moitié prometteuse à laquelle succède une seconde, brouillonne et confuse, où Bronson paraît même s’emmerder ferme. On devine pourtant qu’avec ce rôle de journaliste écrivain (auquel on ne croit pourtant guère), celui-ci souhaitait sans doute faire évoluer son personnage, en misant davantage sur la séduction que sur l’action lapidaire. Le résultat ne convainc pas totalement, quand bien même il est toujours agréable de voir l’acteur se frotter à une autre partenaire que son épouse Jill Ireland surtout lorsqu’il s’agit d’une Jacqueline Bisset au sommet de sa beauté. Mais en définitive, on préfère le Bronson taiseux qui castagne ou arpente le bitume pour dératiser la ville de sa vermine… Monsieur St. Ives offre un thriller film solide et élégant qui, tiré d’un roman de Ross Thomas, auteur de séries noires percutantes sous le pseudonyme de Oliver Bleeck, aurait toutefois pu se révéler bien plus coriace. (15.09.2024) ⍖⍖
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