Il est loin le temps désormais où ce que l’on appelé bien maladroitement le true metal tenait le haut du pavé, où chacune des sorties dans ce style tenait de l’événement. Il est loin désormais le temps où DC Cooper, suite à son départ de Royal Hunt, jadis équipe de première division aujourd’hui retombée dans les tréfonds de la série B, décidait de former avec l’ex gratteux de Sinner, Alex Beyrodt, un projet commun. Bien qu’inégal, l’album qui scella cette union, The Empire Of Future fut une des sorties dont on parla le plus durant l’année 2000. Huit ans plus tard, Silent Force publie son cinquième opus avec une discrétion certaine. Les temps ont changé ; l’heure n’est plus à ce type de heavy metal mâtiné de FM, ni à celle des guitar heroes émules du supersonique Yngwie Malmsteen. C’est malheureux car Walk The Earth est sans doute la meilleure offrande du groupe. Trois ans leur ont été nécessaires pour donner un successeur au déjà excellent World Apart, mais vu la qualité des compos en présence, on leur pardonne aisément cette durée somme toute raisonnable de nos jours. Silent Force prouve que le hard rock classieux et propre, mélodique mais toujours puissant, émaillé d’envolées à la six cordes là où il faut, réhaussé de refrains chantés en chœur et drapé de nappes de claviers, s’il n’est plus guère à la mode, reste finalement une formule intemporelle quand elle est maîtrisée. Bien produit par Dennis Ward, Walk The Earth se déleste de douze chansons toutes admirablement écrites, sans faute, depuis l’efficace « Man & Machine » jusqu’au speed « Picture Of A Shadow ».
Alex Beyrodt prend une pause à la Malmsteen sur le livret et il est vrai que le Suédois est une de ses influences, comme l’illustrent les quelques touches néo-classiques qui parsèment le disque. Pourtant, son héros à lui, c’est le père spirituel de toute cette école mélodique née avec Rainbow : Ritchie Blackmore. Et cela se sent tant chacune de ses attaques à la Stratocaster (forcément !) transpire le jeu de l’homme en noir, comme durant le solo qui traverse « In From The Dark » ou lors l’intro de l’immense « Child Within » notamment. Silent Force est une sorte d’arc-en-ciel moderne, en plus musclé néanmoins, surtout quand DC Cooper prend des intonations à la Rob Halford (« The King Of Fools », zébré lui aussi d’un solo à la Blackmore). Rien d’étonnant à cela car le groupe s’inscrit dans la tradition d’un certain heavy comme seules les aciéries allemandes peuvent en déverser, mais avec cette touche mélodique à l’américaine. Toute la singularité de Silent Force réside dans cette dualité, dans cette rencontre entre la puissance du metal à la teutonne et l’élégance du hard FM US. Certains se pinceront peut-être le nez à l’écoute de cet album d’un autre âge. Tant pis pour eux, ils ont bien tort. Walk The Earth est une collection de chansons imparables, sans temps fort ni faute de goût. Rien à jeter même si la fin du disque agglomère des titres sans doute un peu moins forts. S’il y a une dizaine d’années, beaucoup misaient davantage sur les Angra et autre Stratovarius, force est de reconnaître que Silent Force leur damne le pion aujourd’hui. Quelle classe ! (14.06.2008) ⍖⍖⍖
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