Scénariste d’Alejandro González Iñárritu (21 grammes, Babel) et de Trois enterrements de Tommy Lee Jones, Guillermo Arriaga s’est fait une spécialité des récits éclatés entre plusieurs personnages dont les liens s’esquissent peu à peu. Sans surprise, Loin de la terre brûlée, sa première expérience en tant que réalisateur, le voit dévider ce type de narration morcelée qui a fait sa renommée. Un peu comme le film de Robert Altman, ce galop d’essai aurait pu être baptisé non pas 3 mais 4 femmes. C’est en effet autour de quatre figures féminines que les pièces de ce puzzle s’assemblent progressivement, dont le pivot est incarné par l’explosion d’une caravane perdue au milieu du désert. Nymphomane, Sylvia noie le mal-être qui la ronge dans des relations sexuelles mécaniques. Flanqué d’une petite fille, un Mexicain rôde autour d’elle. Ailleurs (et autrefois), Gina entretient une relation adultère, que devine sa fille Mariana… Toutes les quatre sont marquées par des blessures qui se révèlent autant physiques que mentales, stigmates de l’abandon et de la culpabilité. Mais quel est le lien entre ces vies ?
Si sa première demi-heure nous laisse sur le bort de la route, malgré la beauté de plans finement ciselés, Loin de la terre brûlée gagne pourtant peu à peu en intérêt lorsque l’on comprend que le récit n’est pas seulement brisé entre plusieurs personnages mais joue en fait sur plusieurs temporalités, éclairant alors l’identité de chacune des protagonistes. Une fois les pièces du puzzle réunies non sans avoir su distiller tout du long, il est vrai, un envoûtement certain, comment alors conclure l’histoire avec une force et une fascination égales ? Là réside la principale faiblesse du film dont les dernières minutes ratent le coche émotionnel attendu. Par ailleurs d’un symbolisme appuyé dans les thématiques qu’il remue (le feu purificateur, la rédemption…), il n’est pas sûr qu’il restera en définitive grand-chose de Loin de la terre brûlée qui confond complexité et volonté d’égarer le spectateur de façon artificielle pour finalement ne rien raconter, sinon les performances de ses actrices au premier rang desquelles s’impose une toute jeune Jennifer Lawrence dont l’intensité du jeu perce l’écran. (29.11.2024) ⍖⍖
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