Michael Curtiz & Lloyd Bacon - Alias The Doctor (1932)

Michael Curtiz mouline pas moins de six films en 1932, dont Vingt mille ans sous les verrous avec Spencer Tracy et Bette Davis, un des premiers grands succès de sa carrière américaine, ou bien encore ce Alias The Doctor qu’une épaisse couche de poussière rend de prime abord peu engageant.   Figé et sans passion, le jeu de Richard Barthelmess porte encore les stigmates du muet dont il fut une des grandes vedettes (le fameux A travers l’orage de Griffith) cependant que l’histoire paraît totalement improbable. Karl Brenner et son demi-frère Stephan quittent leur campagne pour suivre des études de médecine à Munich. Si le premier est travailleur et promis à un bel avenir, le second est paresseux, plus enclin à courir les filles de mauvaise de vie et à se saouler qu’à préparer ses examens. Le jour où Stefan pratique une opération illégale au résultat funeste sur une jeune femme qu’il fréquentait, Karl se laisse accuser à sa place, compromettant par là-même sa carrière. Plus tard, une fois sa peine de prison purgée, il endosse par un concours de circonstances l’identité de Stephan après que celui-ci a été emporté par l’alcool et devient un médecin réputé, qui se consacre tout entier à sa mission, soignant gratuitement les pauvres mais faisant payer le prix cher aux nantis.  Mais la supercherie ne tardera pas être révélée… 


Il s’avère donc bien difficile de croire à ce mélodrame (qui, à sa décharge, a semble-t-il été expurgé des scènes les plus explicites sinon ambiguës prévues par le scénario) et à ce héros sacrificiel trop parfait. Pourtant le film fonctionne grâce à Michael Curtiz (apparemment épaulé par un Lloyd Bacon non crédité au générique) qui mène son récit à un rythme soutenu et livre une mise en scène inventive dans un style encore marqué par l’expressionnisme, comme l’illustrent à la fois les intérieurs grignotés par les ténèbres, la silhouette des personnages découpée en ombre chinoise ou la présence lugubre de Nigel De Brulier en chirurgien qu’on imagine échappé d’un film d’horreur. S’il ne saurait être considéré comme un trésor méconnu, Alias The Doctor n’en mérite pas moins la découverte, film bien mené que son grand âge n’ankylose finalement pas trop, portant en cela la marque d’un cinéaste majeur capable de tirer le meilleur d’un sujet peu réaliste. (19.11.2024) ⍖⍖⍖



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