Sidney Lumet - Le gang Anderson (1971)


La collaboration entre Sean Conney et Sidney Lumet reste finalement assez méconnue du grand public qui se contente de réduire la carrière du comédien aux seuls James Bond et aux grosses productions des années 80 (Highlander, Indiana Jones et la dernière croisade) et 90 (Robin des Bois, Rock). D’excellentes choses sont pourtant nées de cette association, brûlot antimilitariste (La colline des hommes perdus), machine rutilante (Le crime de l’Orient-Express), bizarrerie culte (The Offence)… Et il y a ce Gang Anderson qui semble être un simple film de casse (il a été vendu comme tel) avec ses codes obligés (la préparation, le recrutement, l’exécution et l’échec). Mais au sujet classique du voleur qui, à peine sorti de prison, échafaude déjà un dernier gros coup, Lumet greffe de nombreux éléments très curieux qui en font tout le sel. L’ironie constante qui dédramatise le récit, les multiples sous-entendus sexuels (le cambriolage décrit comme une pénétration…), le personnage campé par Sean Connery, buté et attachant ou d’autres, assez insolites (le petit vieux qui a passé toute sa vie derrière les barreaux et se sent perdu une fois libéré), sans oublier la partition tout à tour groovy ou franchement expérimentale de Quincy Jones, sont autant de touches qui participent d’un traitement de l’action plus original. 


Surtout, Le gang Anderson anticipe de manière troublante le scandale du Watergate en décrivant (non sans excès parfois) la prolifération des caméras et des micros qui s’immiscent dans notre intimité. Chaque protagoniste est ainsi filé, placé sur écoute pour des raisons diverses, un mari qui soupçonne sa maîtresse de le tromper, des Noirs pour leur activisme supposé… En cela The Anderson Tapes pousse Lumet dans les années 70, autant par sa paranoïa qui annonce le Conversation secrète de Coppola que par son langage cinématographique qui vient briser la temporalité et la linéarité du récit (le casse en lui-même éclaté sous la forme de flashforwards). Le résultat est étrange, sans doute inabouti mais néanmoins fascinant. (10.12.2024) ⍖⍖⍖


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