Theatre Of Tragedy - Musique (2000)


Si ses trois premiers albums arpentaient un chemin somme toute homogène et identique, malgré une nette évolution depuis ses débuts, Theatre Of Tragedy a décidé avec cette nouvelle offrande de franchir le Rubicon et d’emprunter un terrain moins évident, mais ô combien plus intéressant : celui de l’electro metal. Quand bien même la mue n’est pas totale – les artefacts propres au gothic metal (alternance voix masculine / voix féminine…) s’avèrent toujours au rendez-vous –, la musique est quant à elle quasi méconnaissable et seul le chant angélique et diaphane de Liv Kristine fonctionne comme une balise pour l’auditeur quelque peu perdu dans cet univers inconnu. Pourtant, la réussite se révèle incontestable, les Norvégiens mêlant avec intelligence programmation, boucles et un son résolument froid à des mélodies toujours aussi belles et épurées. Jamais peut-être, Theatre Of Tragedy n’a aussi bien sonné. Le disque débute par une poignée de titres imparables, plus ramassés, plus courts qu’auparavant, et qui vous pénètrent pour ne plus vous lâcher : « Machine », « City Of Light », « Fragment ». 


La seconde partie semble ne former qu’un tout et voit s’enchaîner les efficaces « Image » et « Crash / Concrete » et les hypnotiques « Retrospect » et « Reverie », avant de s’achever sur un titre étrange, construit autour de bruitages et de bidouillages. Les éléments modernes confèrent à l’ensemble une teinte froide (à l’image de la pochette d’un bleu glacial) ; mais ils n’empêchent pas l’album d’exsuder la mélancolie propre au groupe. Le ramage est certes différent, mais les atmosphères, elles demeurent. Ce que les fans de la première heures ne percevront sans doute pas, eux qui ne manqueront pas de crier au scandale. Les malheureux passeront à côté d’un disque bigrement intéressant, peut-être même le meilleur du groupe car ce nouveau visage lui convient en fait beaucoup mieux que l’ancien. Enfin, Liv Kristine et sa bandes démontrent avec Musique leur refus de la stagnation, quitte à en dérouter certains et à en laisser d’autres sur le bord d’une route aux limites de plus en plus incertaines. Son successeur, Assembly, agrandira encore davantage la brèche ouverte. (2006) ⍖⍖⍖

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