Bien que le terme soit aujourd’hui un peu galvaudé car trop utilisé à mauvais escient ; ce Stream From The Heavens demeure un vrai disque culte car il en possède tous les traits particuliers : il est l’unique album d’une mystérieuse entité finlandaise qui jeta les bases d’un style – le funeral doom – alors inédit et qui ne fera réellement parler de lui qu’une décennie plus tard. Sans le savoir Thergothon a accouché de la référence ultime citée aujourd’hui par tous les ténors du genre que sont Shape Of Despair, Tyranny ou Until Death Overtakes Me. Mais en 1994, le doom n’est qu’une chapelle solitaire (et le reste d’ailleurs toujours un peu) et seule une poignée de groupes (Cathedral, My Dying Bride) récolte alors un tant soit peu de succès. Toutefois, Paradise Lost, Anathema, et bien d’autres encore, arpentent les chemins d’un doom death qui enfonce le genre dans les méandres de l’extrême. Thergothon avec ce premier méfait plonge encore davantage cette musique dans les abymes. S’il conserve les voix d’outre-tombe du doom death, il les plaque sur une trame musicale d’une lenteur suffocante alors inédite (seul le tout aussi culte Winter peut s’en rapprocher) au point de rendre les 40 petites minutes de ces six titres pétrifiés quasi interminables.
Si les défenseurs actuels du funeral doom affectionnent les chansons à rallonge, les trois musiciens, dont le patronyme nous demeure inconnu, à la tête de ce monstre n’ont quant à eux pas besoin d’étirer leurs compositions au-delà des 10 minutes pour engourdir l’auditeur. Pourtant le résultat est sans appel : Stream From The Heavens est un monument de dépression et de douleur, d’une noirceur absolue et d’un monolithisme gigantesque que fissurent parfois quelques accélérations (timides mais salutaires), quelques chœurs grandioses, des notes de guitares sèches. Un album à déconseiller aux suicidaires tant il possède la capacité à assombrir la pièce, aussi claire soit-elle, dans laquelle il résonne d’un écho mortuaire. Ces six titres ont des allures de processions funéraires dans un cimetière drapé par la brume et le givre et encadré par des arbres décharnés un jour d’hiver. Comme la plupart des groupes en avance sur leur temps, Thergothon disparaitra assez rapidement des écrans radars mais son spectre obscur et maléfique n’a jamais autant brillé qu’aujourd‘hui car ses héritiers plongent depuis quelques années les terres finlandaises dans des abysses insondables. (2006) ⍖⍖⍖
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