Devin Townsend - Terria (2001)


Après un Physicist moyennement inspiré, le génie canadien se devait de prouver qu’il n’était pas déjà à cours d’inspiration. Terria, qui marque un retour vers l’ère Ocean Machine, tout en ayant son identité propre, ne peut que nous rassurer. Mieux, Devin Townsend livre sans doute son disque le plus progressif à ce jour, si tant est qu’on puisse réellement assimiler sa musique à un genre qui, il est vrai, ne se résume pas qu’à Yes ou à Dream Theater. Cette quatrième offrande en solo débute par deux titres curieux car ils semblent aller nulle part (« Olives » et « Montain »). De fait, les choses sérieuses commencent avec l’épique « Earth Day », qui exsude une touchante beauté ; chanson typique du style à la fois aérien et heavy forgé par le multi instrumentiste. Mais il ne s’agit là que d’une mise en bouche, les premiers sommets étant atteint avec le diptyque « Deep Peace », qui s’élève très haut dans la stratosphère grâce à sa sublime et envoûtante partie instrumentale, laquelle démontre à nouveau le talent de guitariste de Townsend ; et « Canada », véritable lettre d’amour de la part du musicien pour sa terre natale. Le lent et intriguant « Tiny Tears », au final grandiose, en constitue un second. 

Habillées d’une production comme toujours puissante et limpide, due au maître des lieux d’ailleurs, ces compositions parviennent, comme leurs homologues d’Ocean Machine l’avaient fait avec l’eau, à rendre presque palpable la terre, ses senteurs, sa texture, sa richesse. Ocean Machine était un album dominé par le bleu ; l’écologique Terria l’est par le marron, mêlé à une légère touche de vert, couleurs de la tourbe, de l’humus, de la nature. Terria n’est sans doute pas le disque majeur de Devin Townsend (ses successeurs sont nettement un cran au-dessus), mais après deux opus, dont l’un, Infinity, était difficile à cerner, et le second, décevant ; celui-ci semble mieux structuré, conduit par une ligne directrice précise. Surtout, il permet à son créateur, de donner de lui l’image d’un artiste en paix avec lui-même, tranquille et posé, loin de l’homme tourmenté de la fin des années 90. Cette constatation ne peut que nous réjouir. (2006) ⍖⍖⍖

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