En 1976 Dona Flor et ses deux maris de Bruno Barreto révèle au cinéma Sônia Braga et la puissance érotique de sa beauté voluptueuse qu’elle ne craint pas de dénuder. Deux ans plus tard, A Dama Do Lotação lui offre d’un autre grand triomphe dans un registre sensuel et amoral similaire. Sous ses airs légers et torrides qui ont fait son succès, le film aborde pourtant le sujet difficile du viol conjugal et du traumatisme qui meurtrit celle qui le subit. La Bombe brésilienne y est Solange, jeune femme qui se marie avec son ami d’enfance. Le soir des noces, refusant de faire l’amour, elle est brutalement déflorée par son époux. Cette séquence dérangeante dans son réalisme rude sert de point de départ d’une quête sexuelle frénétique pour Solange qui, frigide avec son époux, livre par contre son intimité à tous les hommes, inconnus aguichés dans le bus ou proches (elle couche avec le meilleur ami de son mari mais aussi avec son beau-père!). Juchée sur des hauts talons qui élancent ses jambes galbées, elle part en chasse en une recherche du plaisir existentielle.
Se collant à elle avec amour et sensualité, le réalisateur Neville D'Almeida fournit à sa comédienne l’écrin charnel à son corps brûlant de désir. Mais comme souvent avec le cinéma érotique sud-américain, A Dama Do Lotação dresse la hampe d’un féminisme libertaire et vengeur (sans toutefois être contestataire), en ce sens où l’infidélité de Solange peut être interprétée comme une réponse punitive au viol que lui a imposé son mari dont la mort sonnera par ailleurs comme une ultime sanction, tandis qu’en creux est brossé un portrait de la société brésilienne et des hommes peu flatteur. Pathétiques, ceux-ci sont dépeints dans leur machisme brutal, leur orgueil castré et leur virilité mécanique qui les réduit entre les jambes de l’héroïne à de simples outils sexuels. Pourtant, le fait que Solange aime profondément son époux perturbe néanmoins cette lecture et rend le film plus troublant. Dans tous les cas, A Dama Do Lotação compte parmi les films les plus emblématiques de Sônia Braga, égérie du cinéma brésilien qui, exsudant le sexe par tous les pores, n’a sans doute jamais été effeuillée d’une manière aussi désirable. (07.01.2025) ⍖⍖
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