Trancelike Void - Destroying Something Beautiful (2008)


Il fait nuit. Vous scrutez le plafond mangé par des ombres malfaisantes aux formes indéfinies, tandis que la chaine stéréo déverse la bande son de votre vie : c’est le premier cauchemar sonore de Trancelike Void dont le nom, Destroying Something Beautiful, se pose en manifeste. Encadrées par des préludes à la limite de l’ambiant et presque contemplatives en comparaison du reste, trois longues complaintes suicidaires à la lenteur maladive rongent un black metal dont la morbidité lancinante le pousse aux confins du funeral doom le plus mortifère. Si l’écrin qui l’abrite tranche par rapport au tout-venant – ni faces de panda ni patronyme ridicule ni visuel des bois mais une pochette glacial qui intrigue -, la musique que le mystérieux S. dégorge dans la solitude avec souffrance et désespoir se nourrit en revanche d’un humus qui alimente déjà bien des groupuscules (on pense à Trist, à Shining ou à Nortt par exemple, des référence dans le genre donc). Peu original sans doute, mais le Belge parvient aisément, et mieux que d’autres, à susciter un effet de transe hypnotique infernale. Essentiellement instrumental, l’art Noir de Trancelike Void construit donc une bande originale déglinguée et répétitive au point que ces pistes finissent par se confondre et que chevauche à intervalles irréguliers un chant pollué, lointain qui résonne tel un écho porteur de funestes imprécations (« Part II : Fragile Consciousness »). 

Paysages d’une sinistre décrépitude mortuaire, ces visions cryptiques fouaillent dans les entrailles d’une existence aveugle et sans but si ce n’est celui de l’attente ; elles sont de véritables marches funèbres qui peu à peu vous engourdissent avant de vous entraîner dans leur sillage… Destroying Something Beautiful se veut un voyage sans retour hallucinant, forgé autour de profondes excavations dans la vermine et la laideur humaines. Il détruit les rares signes de beauté, kystes qui affleurent à la surface de la vie. Il y a  pourtant quelque chose de quasi religieux dans cette ode à la dépression, mais une religion de la douleur et du repentir. Quand le terminal « Escape » égrène sa tristesse par tous les pores, un profond sentiment de résignation vous étreint. L’espoir n’existe pas… La lumière s’est éteinte à tout jamais. Ce n’est pas la bande son de notre vie que Trancelike Void a captée mais bien celle de notre propre mort… Une première coulée négative  que tous les masochistes toujours en quête du gouffre le plus abyssal devraient se passer en boucle afin de faire saigner leur âme tourmentée. (06.08.2008) ⍖⍖⍖

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