David Cronenberg - Rage (1977)


David Cronenberg réalise Frissons et Rage respectivement en 1975 et 1977. Redécouverts en même temps grâce à la vidéo, ils sont souvent présentés à tort comme ses deux premiers films alors qu’ils ont été précédés par Stereo (1969) et Crimes Of The Future (1970). Mais il est vrai de dire qu’il s’agit de ses premières créations vraiment professionnelles, bénéficiant d’actrices confirmées, Barbara Steele (Frissons) et Marilyn Chambers (Rage), bien que cette dernière doive sa célébrité au cinéma porno (nous y reviendrons). Plus important, tout Cronenberg macère déjà dans ses œuvres de jeunesse, comme en témoigne Rabid. Cette clinique plantée au milieu d’un décor sinistre et automnal à l’intérieur de laquelle se déroulent d’obscures expériences, le mal non pas extérieur mais niché dans les replis du corps humain et la critique en creux de la société canadienne signent une horreur organique, glauque et viscérale où les chairs subissent de monstrueuses mutations. Ici, c’est la peau greffée sur une jeune femme brûlée suite à un accident de moto, qui forme une plaie sous l’aisselle, orifice béant d’où jaillit un appendice aux allures de dard poisseux. Transformée en vampire, son hôte part en chasse, avide de sang qu’elle ingurgite par cet organe phallique dont les manifestations sont filmées par Cronenberg à la manière de coïts morbides. 


La présence de Marilyn Chambers prend ainsi tout son sens et il est évident que si son rôle avait été confié à Sissy Spacek, premier choix du cinéaste, l’œuvre aurait très différente. Luttant contre ses pulsions qui la dominent toute entière, l’actrice de Derrière la porte verte se révèle excellente dans un registre tragique qui annonce les protagonistes des  grands films à venir du réalisateur, tels que Chromosome 3 et plus encore Dead Zone. Au thème du vampirisme qu’il renouvelle à sa façon, froide et clinique, le Canadien greffe un second sujet, celui de l’épidémie de rage qui se répand à travers le pays et pousse le récit dans la veine des films de George Romero, moins personnelle mais néanmoins efficace (la scène du métro), qui lui permet en outre de brosser, non sans ironie (le Père Noël abattu), la peinture d’une société sans morale prête à basculer dans le chaos que déclenche la loi martiale autorisant à exécuter tout ce qui bouge comme dans une fête foraine. Rage porte déjà en lui les germes du cinéma fantastique de David Cronenberg dont les films qu’il enchaîne depuis vingt bonnes années, formatés pour les festivals, sont malheureusement désormais dénués de ce charme unique, glacial et sinistre. (10.02.2025) ⍖⍖⍖


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