Last Night a été tourné dans le cadre d’une collection de dix films baptisée 2000 vu par…, produite par Arte et Haut et Court et invitant chaque cinéaste, issu de pays différent, à imaginer la vie de personnages à la vieille du nouveau millénaire. Acteur chez Atom Egoyan (Exotica) ou David Cronenberg (eXistenZ), Don McKellar passe pour la première fois derrière la caméra et tente le film apocalyptique mais sans apocalypse, s’accrochant aux dernières heures avant la fin du monde d’une poignée d’individus. Certains se réfugient dans la prière, un autre se lance dans d’une sorte de marathon sexuel afin d’assouvir avant de mourir tous les fantasmes qu’il n’avait jusque là oser épancher : faire l’amour avec une Noire, avec son ancienne prof…
Pas d’effets spéciaux donc, pas davantage de suspense ou de tension, Last Night épouse au contraire la forme d’une déambulation chorale, parfois absurde (le type de la compagnie du gaz, interprété d’ailleurs par Cronenberg, qui appelle tous ses clients alors que demain ne devrait bientôt plus exister), souvent assez juste dans sa manière, intimiste, d’ausculter la nature humaine qui s’attache à des repères comme autant de gestes et de cérémonials rassurants, mais toujours d’une sourde ironie. Pourtant, malgré une interprétation réjouissante de laquelle se détache Geneviève Bujold que nous sommes heureux de retrouver et un minimalisme qui confine à l’abstraction, Last Night laisse néanmoins un goût d’inachevé, œuvre d’une grande intelligence, incontestablement, dont le manque de densité sinon d’épaisseur déclenche toutefois un ennui poli et rappelle qu’il ne s’agit à la base que d’un court téléfilm, augmenté d’une vingtaine de minutes pour son exploitation au cinéma. (11.02.2025) ⍖⍖
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