Figure de la Nouvelle vague japonaise aux côtés de Nagisa Oshima, Shohei Imamura ou Seijun Suzuki, Yasuzō Masumura s’est imposé comme un magnifique portraitiste de femmes avec des films tels que Confessions d’une épouse (1961), Passion (1964), La femme de Seisaku (1965), La chatte japonaise (1967), La bête aveugle (1969) ou bien encore La méduse électrique (1970). S’il n’est pas le plus renommé du lot, La vie d’une femme reste néanmoins assez représentatif de sa manière de décrire des intrigues et des amours dans un cadre historique dont ils se nourrissent. Dans cette adaptation d’une pièce de théâtre, il balaie ainsi quarante ans de la vie d’une femme de 1905 et la fin de la guerre russo-japonaise à 1945 et la capitulation du Japon, quatre décennies qui voit le pays passer du triomphe à l’humiliation. Mais tous ces événements, limités à des articles de journaux que la caméra effeuille, ne sont pas exposés directement mais vu de l’intérieur d’une famille ordinaire emportée par l’Histoire et le tragique.
Ce sujet peut sembler presque trop ambitieux pour un métrage de 90 minutes pourtant, avec peu et de façon elliptique, le réalisateur parvient sans peine à capter les bouleversements historiques qui rythment la destinée de sa triste héroïne, orpheline tout d‘abord martyrisée par ses maîtres (qui donne lieu à une ouverture hallucinante) avant d’être adoptée par une famille dans laquelle elle prend peu à peu de l’importance sans pour autant y trouver véritablement le bonheur et l’amour. Les dernières scènes qui la découvrent seule, au milieu des ruines de la demeure familiale au lendemain des bombardements sur Hiroshima et Nagasaki, sont magnifiques, emprunts de nostalgie et de mélancolie. Il faut absolument louer la mise en scène de Masumura qui cisaille des plans d’une grande richesse, tant d’un point de vue des cadrages que de la composition, et dont le très beau noir et blanc souligne plus encore la profondeur. Associé à l’interprétation juste et touchante de Machiko Kyō, grande dame du cinéma japonais, cette exigence formelle aboutit à un film qui mérite largement la découverte et ce faisant, d’être réévalué à sa juste valeur, non pas comme une œuvre majeure du cinéaste car il ne l’est pas, à tout le moins comme un bel ouvrage qui, tout en émotions sourdes, impressionne par son approche pointilliste et sa finesse psychologique. (17.02.2025) ⍖⍖
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