Claude Autant-Lara - Sylvie et le fantôme (1946)


Sylvie et le fantôme arpente le chemin du fantastique poétique cher au cinéma français des années 40 dont il est un des plus charmants fleurons. Sylvie est une jeune fille de seize ans. Dans le château où elle vit, est accroché le tableau du « chasseur blanc », autrefois tué par amour pour la grand-mère de Sylvie. Elle est amoureuse de ce fantôme que ses sentiments font revivre. Baron ruiné, son père vend le tableau et pour la consoler décide d’embaucher le temps d’une grande fête un acteur pour jouer le fantôme. Ils seront trois à se succéder sous le suaire… sans compter le vrai fantôme. Les dialogues de Jean Aurenche (qui adapte une pièce de théâtre de Alfred Adam), les décors gothiques imaginés par Jacques Krauss qu’éclaire le noir et blanc profond de Philippe Agostini, la ronde cocasse des fantômes autour de Sylvie, tout concourt à nous enchanter dans cette fable onirique peinture d’un amour fou par delà la mort. 


Romance d’une enjouée drôlerie, le film n’en distille pas moins une grande mélancolie à laquelle participe la présence curieuse de Jacques Tati en fantôme qui, éclipsé par l’amour de Sylvie pour un jeune homme, s’en va finalement rejoindre les étoiles accompagné par son fidèle petit chien. Si, et nonobstant ce talent qui lui permet de (presque) nous le faire oublier, Odette Joyeux est trop âgée pour le rôle (elle a alors 32 ans !), quel plaisir de découvrir François Périer et Jean Desailly en jeunes premiers et de revoir l’immense Pierre Larquey ou Claude Marcy (la mère de Catherine Spaak) toute en abattage altier, sans oublier Julien Carette et sa gouaille rusée. Drapé d’un charme suranné, Sylvie et le fantôme est un conte merveilleux plein de poésie et de tendresse, auquel on a tout simplement envie de croire.  (17.03.2025) ⍖⍖


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