Tourné en 1962 par Kōzaburō Yoshimura, Je n’oublie pas cette nuit est une œuvre curieuse qui démarre à la manière d’un thriller et s’achève en drame romanesque, le tout nimbé d’une atmosphère aux confins du fantastique. A Night To Remember colle aux talons d’un journaliste débarqué à Hiroshima pour y réaliser un reportage sur les effets de la bombe atomique à la veille de la célébration annuelle du bombardement survenu dix-sept ans plus tôt. Non sans un voyeurisme malsain, il espère rassembler témoignages et manifestations visibles des séquelles qui ont meurtri les habitants. Las, il ne trouve rien de tout cela dans cette ville dont seules quelques ruines portent encore les stigmates de l’horreur qui paraît avoir été gommée, effacée. Oubliée. Ainsi, contre toute attente, les gens qu’ils croisent mènent une vie normale, travaillent, s’amusent… Il en est déçu. Pourtant, une forme d’inquiétude rampe dans ces rues et les lieux qu’il visite comme si tout n’y était pas aussi paisible.
Noir et blanc morne, musique angoissante et personnages qui semblent tous cacher un lourd secret distille une ambiance oppressante de thriller. Mais l’enquête laborieuse que mène Kyosuke Kamiya, incarné par l’excellent Jirō Tamiya, confine à l’absurde. D’autant plus que, d’une naïveté confondante, il paraît ne pas comprendre que les cicatrices qu’il traque sont finalement moins physiques qu’émotionnelles, nichées, refoulées dans les replis de l’âme. Mais il y a cette femme, interprétée avec une pudeur magnifique par Ayako Wakao, qui dans sa chair ravagée et sa résilience, symbolise à elle seule cette ville à jamais blessée, mutilée. Une romance naît alors, déviant le film vers le mélodrame qui, s’il ne s’imposait peut-être pas et le dépouille de sa substance organique, n’en demeure pas moins puissant dans sa beauté poétique (les pierres d’Hiroshima qui s’effritent) et tragique. Bien qu’imparfait, Sono yo wa wasurenai fascine néanmoins par le pouvoir d’évocation des images qu’il charrie, captant par le biais d’un récit étrange le drame souterrain de ces vies brisées à jamais. (12.05.2025) ⍖⍖
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