Richard Fleischer, Kinji Fuksaku, Toshio Masuda - Tora ! Tora ! Tora ! (1970)


Retraçant l’attaque japonaise sur la base navale américaine de Pearl Harbor, Tora ! Tora ! Tora ! s’inscrit à première vue dans cette mode du film de guerre des années 60/70 qui, à la suite de l’immense succès rencontré par Le jour le plus long (1962) envahit les écrans, de L’ombre d’un géant à Patton jusqu’au tardif Un pont trop loin, avec gros moyens et casting trois étoiles. Il en diffère pourtant quelque peu par le réalisme quasi documentaire qui a présidé à son entreprise. Adoptant simultanément les points de vue américain et japonais, il s’emploie à détailler avec minutie l’inexorable mécanisme ayant conduit à l’entrée en guerre des Etats-Unis dans le second conflit mondial. Nonobstant la reconstitution spectaculaire du raid aérien qui occupe le dernier tiers du film, cette approche rigoureuse des événements commande à Richard Fleischer, secondé par Kinji Fuksaku et Toshio Masuda pour la partie japonais (que devait assurer Akira Kurosawa avant d’être viré par la Fox) un rythme lent, attentiste, s’attardant sur les préparatifs de l’attaque sans céder ni à l’action superflue ni au moindre élan romanesque, expliquant par exemple pourquoi les femmes en sont presque absentes. 


Le choix d’enrôler de solides seconds couteaux (Martin Balsam, E.G. Marshall, Neville Brand) et des vétérans (Joseph Cotten, George McReady plutôt que des stars, à l’exception relative de Jason Robards, participe de ce souci d’authenticité au détriment du tapageur. Mais corolaire de ce  réalisme historique aussi louable soit-il, il en résulte une œuvre froide et peu attachante, (trop) peuplée de personnages dont on suit les agissements sans y s’intéresser. On sait gré toutefois aux réalisateurs, refusant tout manichéisme, de ne pas avoir sombré dans la caricature et le stéréotype. En 1970, le temps n’est plus à la propagande antijaponaise et au patriotisme cocardier. Par conséquent, Tora ! Tora ! Tora ! se veut impartial dans son récit qui n’épargne aucun des deux camps dans son incompétence ou son arrogance. Il n’occulte pas la responsabilité de l’état-major US qui ne croyait pas à l’éminence d’une attaque tandis que les Japonais sont dépeints avec nuances, du pilote ivre de son exploit militaire au vieil amiral lucide des conséquences de ce raid dont il craint qu’il ait réveillé « un géant endormi », non sans une pointe de tristesse que souligne admirablement la partition de Jerry Goldsmith...  (11.05.2025) ⍖⍖


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